Le bonheur au travail

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Qu’est ce que le bonheur, au juste ? Est-ce simplement rire, s’amuser ; ressentir des émotions positives, en somme ? Ou est-ce plus large que cela ? La notion d’appartenance, de sens, d’utilité, de but ; la capacité à être dans l’instant présent, en toute conscience, à fixer notre attention sur ce qui nous entoure et prendre garde à ce qui est bon autour de nous sont pour autant nombre d’éléments qui rentrent dans la composition du « bonheur ».

Et le travail, alors ? Par essence, le travail salarié se fait dans l’intérêt d’un Tiers, l’entreprise. Mais ne peut-on pas concilier les deux ? La vie au travail ne se résume pas (ne devrait pas se résumer!) à attendre cinq jours de la semaine les deux jours du week-end, ou 47 semaines de l’année les 5 de congés payés : « on perd sa vie à la gagner ».

Alors, le bonheur au travail, ne serait-ce pas la meilleure des options ?

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Lie sans ciment

Comme un souffle. Une gifle invisible.

Il est rentré dans mon bureau avec son carton sous le bras. Sur le coup, je n’ai pas compris, j’étais au téléphone, en train de faire ces mille choses inconscientes qu’on fait machinalement, décoller un post-it pendant qu’on parle, le repositionner, envoyer un mail en attendant la fin de la petite musique qu’on vous balance dans le combiné.

Je l’ai regardé, un peu comme si je me demandais ce qu’il foutait là, avec son air empressé et son carton sous le bras. A vrai dire, je me demandais un peu ce qu’il foutait là, quand même. C’est pas qu’on est super proches, lui et moi, on se dit bonjour à la machine à café, il nous est arrivé d’échanger au moins 3 minutes d’affilée sur des sujets divers, surtout d’ailleurs sur les mathématiques et la physique, parce que bon, il est un peu mathématicien au départ, et depuis quelques années et pas mal d’ouvrages de vulgarisation, je me suis éprise de physique quantique, comme un passe-temps un peu bizarre qu’on me reproche parfois.

Bref, je vais pas vous refaire la théorie des cordes, mais il était sur mon palier de bureau, et ce qui m’a mis la puce à l’oreille, soudain, c’est le directeur, collé à son cul, vraiment trop près pour que ce soit normal, qui le poussait un peu dans le dos, genre « en avant ». Et il me dit « Bon et bien je te dis au revoir ici, parce que je n’aurai plus d’autre occasion vu qu’on me demande de vider les lieux sur le champ », et l’autre qui le pousse dans le dos, qui le somme d’un silence impératif d’avancer dans l’instant.

Moi stupéfaite au téléphone, avec la standardiste qui vient de décrocher, elle en suspens, moi aussi, je ne trouve pas les mots sur le coup, je bredouille un « au revoir » pathétique, inconsistant, à côté, mou. A plat. La standardiste n’a pas compris. Moi non plus.

Faut dire que le matin je suis un peu longue à la détente aussi, j’entends juste comme un rideau de pluie les pleurs de ma collègue enceinte à côté, ses hormones probablement en train de jouer au trampoline. C’est pas tellement qu’on était proches hein, avec ce bonhomme, c’est pas pour la théorie des cordes et les films de Resnais, ces trois minutes volées; c’est la brutalité de la chose, la soudaineté, le principe quoi.

En gros, je lui ai dit bonjour à 9h10, je lui ai dit au revoir à 9h20. C’était la journée la plus courte de ma vie.

Et depuis, j’ai les boules.

Premiers et derniers

Une introduction, une conclusion. Un début et une fin. Je me rappelle mon premier jour ici, mes angoisses et mes questionnements. Le chemin à faire, se souvenir où tourner. Apprivoiser les lieux, les gens. Les visages inconnus, les personnalités à déterminer, les suceptibilités à ménager.  Le premier café qu’on m’a offert. En venir à partager de l’humanité avec des gens qui n’ont de commun que leur valeur productive au sein de la même compagnie.

Aujourd’hui, 12 juin, mon dernier jour au travail. Hier soir, c’est en mettant mon réveil pour la dernière fois à cette heure précise, que j’ai réalisé. Du coup, j’ai marché plus lentement, ce matin, pour aller au bureau. J’ai fait une dernière fois ce chemin, en saluant comme à l’habitude tel marchand, ou bien le gardien de l’immeuble. Ceux là ne savent pas que je ne repasserai plus. S’en rendront-ils compte? Non, je ne crois pas.

Ainsi donc, ce matin, en marchant, j’ai volé un peu d’eux, à leur insu. Quelques instants suspendus.

Delicatessen

En ce moment, je cherche un appartement. En France. Pour éviter la boucherie inévitable qui s’ensuivrait d’une cohabitation forcée avec mes géniteurs adulés, je me suis donc résolue à l’idée d’une colocation avec un ou une parfait(e) inconnu(e).

Etant toujours localisée à 10 000 kilomètres de mon futur logement, j’expérimente donc les petits bonheurs de la visite virtuelle, du « non, je ne suis pas déclarée, je ne ferai donc pas de demande à la CAF », et du « mais bien sûr que je paye la moitié du Wi-Fi ».

Le mois prochain, parce que je ne me lasse jamais de nouveaux challenges, je cévéise et je lettre de motivationne, histoire de plaquer TripleB (BigBadBoss) une bonne fois pour toutes. J’en glapis de joie à l’avance.

Fantômes et esprits

Les cendres volent dans les airs. On sent cette odeur de souffre, âcre et caractéristique. L’odeur de pomme chaude et cuite, aussi. Tels des feux follets, les minuscules incendies égaillent les rues. Remontant à pied vers chez moi, je slalome entre les offrandes offertes aux esprits.

En ce jour de 15 août, nous entrons dans le mois des fantômes. C’est maintenant que sont relâchés sur terre les esprits retenus dans les enfers car ne recevant pas de culte, ou n’ayant pas trouvé la paix, pour cause de mort violente, ou de mauvaise conduite. Ce sont des esprits orphelins, des fantômes sauvages, à qui sont offerts des repas réconfortants et des cérémonies favorisant leur délivrance.

Ce mois des fantômes est dangereux. Surtout dans une rue comme la mienne, réputée pour être hantée. On risque de s’exposer aux mauvais tours de ces esprits torturés et tortueux. C’est tout le paradoxe de Hong Kong. Ce sont les esprits qui vous attaquent, jamais les vivants.

Et oui, je suis au boulot un 15 août. Parce que non, ici, le 15 août n’est pas un jour férié. Pour rester dans le ton du mois des fantômes, je vous maudis, d’ailleurs 🙂