Con – version

Il me semble que j’ai besoin de faire le ménage. Changer. Changer d’orientation professionnelle. Changer de métier, de rythme. Cette réflexion vient comme une évidence, une graine à faire germer (en combien de temps, 10 mois, 10 ans?).

Il fut un temps où j’étais drôle, bordel. Il fut un temps où j’avais de l’inspiration, de l’envie, du souffle. J’ai l’impression de m’être éteinte au détour d’un virage, ensevelie sous un boulot -qui-fut-sympa-mais-ne-me-passionne-pas, où je suis restée parce que c’est pratique, parce que c’est simple, parce qu’en fait j’ai la trouille.

J’ai envie de retrouver ce qui me plaisait. Ecrire, des poèmes, des haïkus, de la prose à rallonge juste pour le plaisir de poser des mots, écrire n’importe quoi, tout et rien. Faire des photos. Des photos en noir et blanc, de craquelures dans le sol. Des photos saturées de couleurs tonitruantes, ode tonique à la beauté du monde. Des photos en pastels, de sourires ou de rides aux coins des yeux. Lire. Lire tout ce qui me passe sous la main, sous les yeux. Lire en écoutant. Lire des nouvelles, des poèmes, des romans, des notes, des mémoires, des biographies, des articles, des posts, des boites de céréales. Lire, bordel.

Voilà, faut que je trouve un métier à base de lecture, d’écriture et de photos, qui permette d’en vivre. Bah on est mal barrés, j’suis pas prête de démissionner…

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Lie sans ciment

Comme un souffle. Une gifle invisible.

Il est rentré dans mon bureau avec son carton sous le bras. Sur le coup, je n’ai pas compris, j’étais au téléphone, en train de faire ces mille choses inconscientes qu’on fait machinalement, décoller un post-it pendant qu’on parle, le repositionner, envoyer un mail en attendant la fin de la petite musique qu’on vous balance dans le combiné.

Je l’ai regardé, un peu comme si je me demandais ce qu’il foutait là, avec son air empressé et son carton sous le bras. A vrai dire, je me demandais un peu ce qu’il foutait là, quand même. C’est pas qu’on est super proches, lui et moi, on se dit bonjour à la machine à café, il nous est arrivé d’échanger au moins 3 minutes d’affilée sur des sujets divers, surtout d’ailleurs sur les mathématiques et la physique, parce que bon, il est un peu mathématicien au départ, et depuis quelques années et pas mal d’ouvrages de vulgarisation, je me suis éprise de physique quantique, comme un passe-temps un peu bizarre qu’on me reproche parfois.

Bref, je vais pas vous refaire la théorie des cordes, mais il était sur mon palier de bureau, et ce qui m’a mis la puce à l’oreille, soudain, c’est le directeur, collé à son cul, vraiment trop près pour que ce soit normal, qui le poussait un peu dans le dos, genre « en avant ». Et il me dit « Bon et bien je te dis au revoir ici, parce que je n’aurai plus d’autre occasion vu qu’on me demande de vider les lieux sur le champ », et l’autre qui le pousse dans le dos, qui le somme d’un silence impératif d’avancer dans l’instant.

Moi stupéfaite au téléphone, avec la standardiste qui vient de décrocher, elle en suspens, moi aussi, je ne trouve pas les mots sur le coup, je bredouille un « au revoir » pathétique, inconsistant, à côté, mou. A plat. La standardiste n’a pas compris. Moi non plus.

Faut dire que le matin je suis un peu longue à la détente aussi, j’entends juste comme un rideau de pluie les pleurs de ma collègue enceinte à côté, ses hormones probablement en train de jouer au trampoline. C’est pas tellement qu’on était proches hein, avec ce bonhomme, c’est pas pour la théorie des cordes et les films de Resnais, ces trois minutes volées; c’est la brutalité de la chose, la soudaineté, le principe quoi.

En gros, je lui ai dit bonjour à 9h10, je lui ai dit au revoir à 9h20. C’était la journée la plus courte de ma vie.

Et depuis, j’ai les boules.

Premiers et derniers

Une introduction, une conclusion. Un début et une fin. Je me rappelle mon premier jour ici, mes angoisses et mes questionnements. Le chemin à faire, se souvenir où tourner. Apprivoiser les lieux, les gens. Les visages inconnus, les personnalités à déterminer, les suceptibilités à ménager.  Le premier café qu’on m’a offert. En venir à partager de l’humanité avec des gens qui n’ont de commun que leur valeur productive au sein de la même compagnie.

Aujourd’hui, 12 juin, mon dernier jour au travail. Hier soir, c’est en mettant mon réveil pour la dernière fois à cette heure précise, que j’ai réalisé. Du coup, j’ai marché plus lentement, ce matin, pour aller au bureau. J’ai fait une dernière fois ce chemin, en saluant comme à l’habitude tel marchand, ou bien le gardien de l’immeuble. Ceux là ne savent pas que je ne repasserai plus. S’en rendront-ils compte? Non, je ne crois pas.

Ainsi donc, ce matin, en marchant, j’ai volé un peu d’eux, à leur insu. Quelques instants suspendus.

Essai sur la démotivation

Taf : 0  // VS  // surfage intempestif sur les pages du grand Internet : 23440O4 (oui la lettre « o » s’est glissée dedans, mais je vous merde).

Il paraît que surfer permet une pause salutaire capable de réactiver la concentration et donc d’optimiser les performances a posteriori. Et d’après le dernier test fait sur fessebouc durant mes « heures travaillées », je suis une neuro-droitière, comme 24% de la population mondiale.

Et bien, d’après ce test brillant et original, bourré de fautes d’orthographe comme la plupart des sémillantes inventions fesseboucquiennes, « pour un neuro-gaucher, rester à bâiller aux corneilles au bureau ne peut qu’être de la paresse. Pour un neuro-droitier, c’est sa manière de mettre son raisonnement en place. Pour un neuro-droitier, la non compréhension de ses idées par les neuro-gauchers peut être considérée comme un manque d’ouverture d’esprit« .

Ainsi donc, je glande, mais c’est parce que vous êtes drôlement fermés d’esprit, vous autres 76%.

Bernie style

Ca y est.

J’en ai marre.
J’ai atteint le point de non-retour. Ou presque.
L’envie de balancer des pelles dans la gueule de mon prochain, à défaut de lui tendre l’autre joue.
L’envie sauvage. Contenue, mais furieuse.
Je me sens comme un goût furibard de colère retenue. Un goût aux piments rouges.

J’exulte intérieurement à l’idée de claquer ma dém.
Je m’apitoie également sur mon incapacité notoire à franchir le pas.
Parce que j’en ai besoin, de ce foutu salaire. Quand bien même je fais bien plus que ce que je devrais accepter. La sensation que le proverbe « trop bon, trop con » me colle à la peau comme un chewing-gum Hollywood pourrait me coller aux tongs un 15 août.

Marre de devoir faire attention lorsque je marche dans la rue, parce que je n’ai pas de sécu, et encore moins les moyens de me payer l’hôpital.
Marre de me dire que je peux me faire virer du jour au lendemain, sans préavis aucun, d’autant que je n’ai encore plus de contrat depuis le 7 janvier dernier.
Marre de réaliser que ça fait deux ans que je bosse pour cette boite, dont 9 mois sans contrat.
Marre de me taper trois boulots à la fois, parce qu’on coupe les budgets, que mon assistante n’a pas été renouvelée, notre agence de comm non plus, et que donc je gère désormais les trois jobs à moi seule. Et bien sûr pour mon seul salaire.
Marre de me dire que même si je me fais virer, je n’ai pas droit aux allocations chômage. Et pas même au RMI. Juste mes yeux pour pleurer, et mes économies, en attendant.

Marre d’être précaire sans pour autant être libre.
Marre d’en avoir marre, et de ne jamais avoir les couilles de tout lâcher, une bonne fois pour toute.

J’ai juste peur. C’est con.
J’ai juste peur.
*râle, peste, grogne, ronchonne, trépigne*

Delicatessen

En ce moment, je cherche un appartement. En France. Pour éviter la boucherie inévitable qui s’ensuivrait d’une cohabitation forcée avec mes géniteurs adulés, je me suis donc résolue à l’idée d’une colocation avec un ou une parfait(e) inconnu(e).

Etant toujours localisée à 10 000 kilomètres de mon futur logement, j’expérimente donc les petits bonheurs de la visite virtuelle, du « non, je ne suis pas déclarée, je ne ferai donc pas de demande à la CAF », et du « mais bien sûr que je paye la moitié du Wi-Fi ».

Le mois prochain, parce que je ne me lasse jamais de nouveaux challenges, je cévéise et je lettre de motivationne, histoire de plaquer TripleB (BigBadBoss) une bonne fois pour toutes. J’en glapis de joie à l’avance.

Fantômes et esprits

Les cendres volent dans les airs. On sent cette odeur de souffre, âcre et caractéristique. L’odeur de pomme chaude et cuite, aussi. Tels des feux follets, les minuscules incendies égaillent les rues. Remontant à pied vers chez moi, je slalome entre les offrandes offertes aux esprits.

En ce jour de 15 août, nous entrons dans le mois des fantômes. C’est maintenant que sont relâchés sur terre les esprits retenus dans les enfers car ne recevant pas de culte, ou n’ayant pas trouvé la paix, pour cause de mort violente, ou de mauvaise conduite. Ce sont des esprits orphelins, des fantômes sauvages, à qui sont offerts des repas réconfortants et des cérémonies favorisant leur délivrance.

Ce mois des fantômes est dangereux. Surtout dans une rue comme la mienne, réputée pour être hantée. On risque de s’exposer aux mauvais tours de ces esprits torturés et tortueux. C’est tout le paradoxe de Hong Kong. Ce sont les esprits qui vous attaquent, jamais les vivants.

Et oui, je suis au boulot un 15 août. Parce que non, ici, le 15 août n’est pas un jour férié. Pour rester dans le ton du mois des fantômes, je vous maudis, d’ailleurs 🙂