Poétesse

[Mots d’enfants] Aurore, 2 ans et demi, m’attrape le visage, colle son nez au mien, et me dit :

– On se rencontre dans les yeux, maman.

Oui, ma fille, tu as tout compris. Car si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes ; et on rencontre l’autre à travers son regard, mon amour.

Publicités

Bruissements

C’est étrange, cette maison presque silencieuse. On dirait que c’est calme, en semi coma. On dirait qu’il n’y a personne.

Je suis sous la couette, et je tends l’oreille.

Peu à peu, au fil des secondes qui s’égrenent, au fil de mon souffle exhalé lentement, je prends conscience de chaque frisson de vie qui anime cette maison silencieuse.

Le ploc de ce foutu robinet qui goutte pendant quelques minutes après avoir été fermé.
Le bruit des grenouilles dans le bassin d’à côté, assourdi par le double vitrage, mais perceptible au rythme des coassements réguliers et sonores des batraciens.
Le ronronnement du chat contre ma cuisse, pas vraiment un bruit, plutôt une vibration.
Le vent, qui ce soir souffle en spirale, et n’est audible que lorsqu’il vient fouetter rapidement mes volets.
Le lave-vaisselle, qui se déclenche, fait tomber le galet puis lance son eau chaude, loin de la chambre, à l’autre bout du couloir.
Le sommeil de ma fille, agité d’une colonie de rêves, qui, à moitié consciente, déclenche sa veilleuse musicale, son en sourdine, bruits d’oiseaux et de forêts.

C’est étrange, cette maison presque silencieuse. On dirait qu’il n’y a personne. On pourrait passer à côté de toute cette vie qui l’anime, qui bruisse et qui susurre, qui s’agite et qui chante.

Expiration

L’inspiration est un souffle, une exaltation soudaine de l’esprit. Mais ça n’arrive pas tous les quatre matins non plus. Ça arrive même rarement, et je ne vous ferai pas le coup de « mon dieu, la peur de la page blanche, l’angoisse de l’écrivain » en me tenant le front du revers de la main, parce que je n’angoisse pas du tout lorsque je n’ai rien à écrire: juste, j’écris rien. Ou de la merde, comme là, mais ça ne me fait pas plus culpabiliser que ça.

Alors à défaut d’inspirer, j’expire ici un peu de bêtises, et des rires.  Ça fait du bien.

Insomnie

Mon esprit a perdu la raison. Je vis à contre sens, dors le jour, luttant contre une apathie inexorable; tergiverse la nuit, voyants au vert, abandonnée par le repos.

Je suis lasse et les kilos en moins s’égrainent telles des gouttelettes sans substance, je n’ai plus faim, plus soif et plus sommeil; tout désir m’a quitté, toute envie assourdie par une chape de plomb : les loisirs m’ennuient, les rires m’agacent, le silence me pèse pourtant.

Mais étrangement, ça va.

Pluie

J’aime le bruit, l’odeur, l’ambiance de la pluie. Et par dessus tout, j’aime être dessous. Sentir les gouttes ruisseler sur mon front, mes joues, mes lèvres, les sentir glisser dans mon cou, descendre le long de ma colonne vertébrale, comme des veines extérieures chargées de ce sang du ciel, qui viendraient en support à ma propre vie.

Billet d’humeur en mode mineur

Billet d’humeur en mode mineur, intitulé  « A tous les petits détails du quotidien qui me font chier ».

Ahem.

A toi, sac de café que j’ai laissé au frigo, mais qui ne contient pas assez de café pour moi ce matin, sache que mon îre est sans pareille, et que je désormais, je boirai du thé, avec du lait concentré sucré plein dedans. C’est meilleur pour les reins, paraît (et moins bon pour les fesses, mais si vous saviez ce que je m’en tape le cul, justement).

A la flaque laissée à la sortie de la douche dans laquelle j’ai marché en chaussettes, si tu me fais encore chier demain, je vais sévir, et acheter un caillebotis, quitte à défigurer ma maison comme dans un magazine façon « Côté Sud ».

A mon frigo vide, dépourvu même d’une bouteille d’eau (l’eau du robinet n’étant pas conseillée à la consommation, sauf bouillie, rapport aux milliers de saloperies qui se baladent dedans, et à sa douteuse couleur marron), je te boude ostensiblement puisque je fais un régime ces derniers temps, celui de mon porte-monnaie, dans l’attente de mon claquage de dém imminent.

Au paquet de cigarettes oublié à la maison, qui fait que je me passe de ma salutaire pause-déj-clope, permettant de remettre mes nerfs à un état de pression acceptable, je dis merde, parce que j’ai décidé (pour la énième fois, mais ça on n’est pas censé le savoir) d’arrêter de fumer. Et que désormais, je vais l’oublier tous les jours. Et ne plus fumer que le soir (comme un pompier, conséquemment).

A mon pc qui, comme un sale petit enfoiré qu’il sait être, bugue régulièrement toutes les 37 minutes, je te fais la menace franche et directe d’un formatage sans ménagement. M’en fous, j’ai un disque dur amovible, alors tu ne me sers presque à rien, espèce d’ingrat.

A vous, contrariétés ridicules, et qui me passent habituellement au-dessus dans un grand « Ah » de je-m’en-foutisme ostentatoire, mais qui aujourd’hui me tapent sur le système comme ce statut, ce commentaire effacé, ou ce non-au revoir, je ne parle plus. Je vous ignore, dans un élan salvateur de mon égo.