Poétesse

[Mots d’enfants] Aurore, 2 ans et demi, m’attrape le visage, colle son nez au mien, et me dit :

– On se rencontre dans les yeux, maman.

Oui, ma fille, tu as tout compris. Car si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes ; et on rencontre l’autre à travers son regard, mon amour.

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Con – version

Il me semble que j’ai besoin de faire le ménage. Changer. Changer d’orientation professionnelle. Changer de métier, de rythme. Cette réflexion vient comme une évidence, une graine à faire germer (en combien de temps, 10 mois, 10 ans?).

Il fut un temps où j’étais drôle, bordel. Il fut un temps où j’avais de l’inspiration, de l’envie, du souffle. J’ai l’impression de m’être éteinte au détour d’un virage, ensevelie sous un boulot -qui-fut-sympa-mais-ne-me-passionne-pas, où je suis restée parce que c’est pratique, parce que c’est simple, parce qu’en fait j’ai la trouille.

J’ai envie de retrouver ce qui me plaisait. Ecrire, des poèmes, des haïkus, de la prose à rallonge juste pour le plaisir de poser des mots, écrire n’importe quoi, tout et rien. Faire des photos. Des photos en noir et blanc, de craquelures dans le sol. Des photos saturées de couleurs tonitruantes, ode tonique à la beauté du monde. Des photos en pastels, de sourires ou de rides aux coins des yeux. Lire. Lire tout ce qui me passe sous la main, sous les yeux. Lire en écoutant. Lire des nouvelles, des poèmes, des romans, des notes, des mémoires, des biographies, des articles, des posts, des boites de céréales. Lire, bordel.

Voilà, faut que je trouve un métier à base de lecture, d’écriture et de photos, qui permette d’en vivre. Bah on est mal barrés, j’suis pas prête de démissionner…

Des ratés

Ai-je manqué ma voie, mon chemin, mon destin?
Y’en a t-il un, ou mille? Lequel était le mien?
Celui que j’ai choisi, me le suis-je imposé?
Ou, laissant s’égrener et le temps et l’espace
Les potentiels déclinent et reste le présent?
Chaque fois, j’introspecte et regarde en dedans
Je vois tous les chemins, les personnes, les gens
Ceux que j’aurais croisé, haï ou adulé
Si j’avais fait un jour, un seul choix différent.
Serais-je qui je suis, ou bien tout au contraire
Une personne un peu étrangère à moi-même?
Smoking or no smoking, chemins aléatoires,
Je danse sur la corde de vies tout en miroirs
Déformants, grisants, défoncés ou fantasques
Et regardant chacun, je ne vois que le masque.

Rêveries

« J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’était interdite, la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appelai le concierge et personne ne répondit ; en regardant à travers les barreaux rouillés, je vis que la loge était vide. Aucune fumée ne s’élevait de la cheminée et les petites fenêtres mansardées bâillaient à l’abandon. Puis je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des rêves et je glissai à travers les barreaux comme un fantôme. »

Dans ces premières lignes de son roman, « Rebecca », Daphné du Maurier m’avait semblé poser des mots si justes pour évoquer la capacité des rêves à altérer toute chose, à rendre l’impossible possible, à enchaîner si naturellement des événements pourtant contradictoires en termes d’espace temps que j’avais dévoré ce livre d’une seule traite, du haut de mes 15 ans.

Hier soir, alors que la pluie tambourinait sur le toit d’un ton léger, créant une sorte de bruit blanc, cocon étrange, je suis partie. Loin, dans un rêve aux contours nettement flous, sirupeux brouillard alchimique engourdissant mon cerveau qui vivement m’emmenait aux détours d’îles connues et délaissées. L’évidence des transitions jurait pourtant avec ce décors changeant en quelques secondes, le scénario rocambolesque avec les réactions sereines que j’avais la sensation d’éprouver.

Cette nuit, je suis partie. Loin. Et j’aurais bien aimé ne pas revenir.

L’ouïe-son [Lisons]

J’ai découvert depuis quelques temps les livres audio. Ils me chagrinent et me sont à la fois indispensables depuis.

Ils me chagrinent car j’aime le papier. Sa sensation, sa douceur, ses écornures souvent, ses ratures, parfois. J’aime observer l’orthographe de mots inconnus ou oubliés, leur position dans la phrase, leurs jeux lexicaux. J’aime ce temps d’introspection de la lecture, ce temps à soi, pour soi, pour penser alors que mes yeux continuent de suivre les lignes mais que mon cerveau ne les comprend pas, tout absorbé qu’il est dans ses réflexions, ou bien pour se plonger dans l’histoire et partir loin de tout, loin de soi, du monde, des autres. Ce temps où, pour pouvoir lire, je dois me poser, me reposer, m’asseoir ou m’allonger, me détendre.

Ils me sont également indispensables car je n’ai le temps ni de me poser, m’asseoir ou m’allonger, de me détendre, ni de laisser courir mes yeux sur des lignes alors que ma vie est une succession infinie et répétée de mille choses quotidiennes à penser, prévoir, planifier, faire.

Le livre audio me permet de faire les mille choses que le quotidien m’impose, tout en me permettant d’écouter une histoire qui n’emmène loin ou moins loin, mais qui me tient la main. Ainsi, j’écoute en conduisant, j’écoute en cuisinant, j’écoute en faisant le ménage, j’écoute en rangeant, j’écoute tout le temps que je ne consacre pas aux autres êtres vivants qui m’entourent. Et du coup, je dévore. Je « lis » sans cesse, au rythme des intonations des narrateurs dont le talent est variable, certes, mais qui me permettent de continuer à découvrir, chaque jour, de nouveaux chapitres, de nouvelles histoires, de nouveaux auteurs.

Mes oreilles ont des yeux, donc.

Pas-sciences

Je n’ai jamais été une scientifique. J’ai toujours été plus intéressée par la littérature, la poésie, l’art en général. J’ai toutefois découvert que les publications scientifiques, hybrides merveilleux de littérature et de sciences, étaient un puits sans fond dans lequel j’adorais me plonger.

Ainsi donc, j’ai commencé avec les grands noms. Einstein, « Comment je vois le monde », puis « La Relativité ». Cet homme, qui avait manifestement beaucoup de mal à communiquer avec le monde en personne, écrivait pourtant formidablement bien, vulgarisant de manière limpide des concepts qui jusque là m’avaient toujours semblé obscurs. Stephen Hawking m’a à son tour tendu les bras (« Une brève histoire du temps : du Big Bang aux trous noirs »). Un dernier Einstein m’a finalement orientée (avec « L’évolution des idées en physique : des premiers concepts aux théories de la relativité et des quanta ») vers ce qui deviendra une obsession notoire, la physique quantique. Avec Heinsenberg (« La partie et le tout : le monde de la physique atomique »), je connus ainsi une révélation : la physique m’ouvrait une nouvelle porte sur la philosophie, sur Dieu, sur le Pourquoi. La théorie des cordes, le chat de Schrödinger, autant d’émerveillements nouveaux et bruissants de mille promesses, donnant du poids scientifique aux fictions les plus incongrues de mon enfance, aux voyages dans le temps et l’espace, à la dématérialisation, au don d’ubiquité. « La route du temps » de Guillemant, nouvelle découverte, nouvelles rêveries, déterminisme honni pourtant ici étrangement rassurant.

L’air du temps n’est pas bon pour la physique atomique, pourtant. Tchernobyl, Three Miles Island et puis Fukushima, spectres fantomatiques angoissants de la puissance nucléaire. Je ne suis pas pro-fission. Un bon post envoyé hier par Marion Montaigne permet d’ailleurs d’avoir une meilleure idée, tout en finesse et humour comme à son habitude, de la manière dont fonctionne une centrale nucléaire (avec de très bons liens et commentaires en fin de post).

La fusion, par contre, me fascine. Elle semble une promesse propre et écologique difficile à croire. ITER, tout près de chez moi, a été l’objet de nombreuses angoisses. Mais une fusion contrôlée serait une énergie si puissante, si propre, si durable que cela semble impossible. Georges Vendryes, ingénieur au CEA, la qualifie d’ailleurs de joli rêve… Un rêve que les pro-fusion défendent pourtant bec et ongle (un bon article ici – un peu plus bas dans les paragraphes) sur la différence entre fusion et fission.

Bref, la science m’apprend chaque jour. Roman universel de l’existence de toute chose, le savoir scientifique me laisse humble et chaque jour un peu plus curieuse de comprendre. Merci Albert.