Rêveries

« J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’était interdite, la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appelai le concierge et personne ne répondit ; en regardant à travers les barreaux rouillés, je vis que la loge était vide. Aucune fumée ne s’élevait de la cheminée et les petites fenêtres mansardées bâillaient à l’abandon. Puis je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des rêves et je glissai à travers les barreaux comme un fantôme. »

Dans ces premières lignes de son roman, « Rebecca », Daphné du Maurier m’avait semblé poser des mots si justes pour évoquer la capacité des rêves à altérer toute chose, à rendre l’impossible possible, à enchaîner si naturellement des événements pourtant contradictoires en termes d’espace temps que j’avais dévoré ce livre d’une seule traite, du haut de mes 15 ans.

Hier soir, alors que la pluie tambourinait sur le toit d’un ton léger, créant une sorte de bruit blanc, cocon étrange, je suis partie. Loin, dans un rêve aux contours nettement flous, sirupeux brouillard alchimique engourdissant mon cerveau qui vivement m’emmenait aux détours d’îles connues et délaissées. L’évidence des transitions jurait pourtant avec ce décors changeant en quelques secondes, le scénario rocambolesque avec les réactions sereines que j’avais la sensation d’éprouver.

Cette nuit, je suis partie. Loin. Et j’aurais bien aimé ne pas revenir.

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