Lie sans ciment

Comme un souffle. Une gifle invisible.

Il est rentré dans mon bureau avec son carton sous le bras. Sur le coup, je n’ai pas compris, j’étais au téléphone, en train de faire ces mille choses inconscientes qu’on fait machinalement, décoller un post-it pendant qu’on parle, le repositionner, envoyer un mail en attendant la fin de la petite musique qu’on vous balance dans le combiné.

Je l’ai regardé, un peu comme si je me demandais ce qu’il foutait là, avec son air empressé et son carton sous le bras. A vrai dire, je me demandais un peu ce qu’il foutait là, quand même. C’est pas qu’on est super proches, lui et moi, on se dit bonjour à la machine à café, il nous est arrivé d’échanger au moins 3 minutes d’affilée sur des sujets divers, surtout d’ailleurs sur les mathématiques et la physique, parce que bon, il est un peu mathématicien au départ, et depuis quelques années et pas mal d’ouvrages de vulgarisation, je me suis éprise de physique quantique, comme un passe-temps un peu bizarre qu’on me reproche parfois.

Bref, je vais pas vous refaire la théorie des cordes, mais il était sur mon palier de bureau, et ce qui m’a mis la puce à l’oreille, soudain, c’est le directeur, collé à son cul, vraiment trop près pour que ce soit normal, qui le poussait un peu dans le dos, genre « en avant ». Et il me dit « Bon et bien je te dis au revoir ici, parce que je n’aurai plus d’autre occasion vu qu’on me demande de vider les lieux sur le champ », et l’autre qui le pousse dans le dos, qui le somme d’un silence impératif d’avancer dans l’instant.

Moi stupéfaite au téléphone, avec la standardiste qui vient de décrocher, elle en suspens, moi aussi, je ne trouve pas les mots sur le coup, je bredouille un « au revoir » pathétique, inconsistant, à côté, mou. A plat. La standardiste n’a pas compris. Moi non plus.

Faut dire que le matin je suis un peu longue à la détente aussi, j’entends juste comme un rideau de pluie les pleurs de ma collègue enceinte à côté, ses hormones probablement en train de jouer au trampoline. C’est pas tellement qu’on était proches hein, avec ce bonhomme, c’est pas pour la théorie des cordes et les films de Resnais, ces trois minutes volées; c’est la brutalité de la chose, la soudaineté, le principe quoi.

En gros, je lui ai dit bonjour à 9h10, je lui ai dit au revoir à 9h20. C’était la journée la plus courte de ma vie.

Et depuis, j’ai les boules.

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