Cluédo et satin rouge

Vous connaissez le jeu « Cluédo »? Le principe: déterminer un ensemble de circonstances liées à la mort d’un personnage, ainsi que l’assassin bien entendu de cette victime désignée.

Bon, et bien, quand j’étais petite, j’avais ce jeu, mais en version VHS (j’aime bien dire VHS, par pur racisme envers le terme « vidéo », et par amour pour les acronymes à trois lettres, comme DVD, RTM ou PAM, pour lesquels mon lyrisme n’a d’égal que l’antipathie que j’éprouve pour les acronymes à quatre lettres, comme RATP, SNCF ou ANPE).

Et entre deux séquences présentant les différents personnages et pièces (dont Mme Leblanc, dans la cuisine, dont on pouvait deviner qu’elle était daltonienne – indice n°1 – au gros plan de la caméra sur ses chaussettes dépareillées), on voyait apparaître Mlle Rose, magnifique insulaire native de Bornéo, habillée de satin rouge.

Dans mon esprit de petite fille, Bornéo était donc associée au satin rouge, et au fume-cigarette que ladite Mlle Rose tenait du bout de ses longs doigts aux ongles laqués. Exotique et enivrante île de Malaisie, dont les couleurs chatoyantes en mon esprit concurrençaient les ors de la Chine quatre fois millénaire.

Et bien, sachez-le, la couleur de Bornéo n’est pas le rouge. Mais le bleu pur et le vert d’eau. Le chamarré des poissons tigres qui s’agglutinent autour de vos pieds. Le palpitant vert pomme des palmiers de la jungle bornéenne. Le vert de boue des varans qui vaquent, paisibles, dans les marécages. Le blanc piqueté de soleil des plages de sable fin. Les montagnes de chantilly que sont les nuages tropicaux. Déluge d’azur et de lumière derrière mes paupières closes.

Par ailleurs, et étrangement, ce qui restera aussi en mon esprit, c’est le noir, le sombre d’une soirée en bateau, sur une rivière malaisienne, au beau milieu de la jungle. Au milieu du noir de geais de la nuit tropicale, suspendus dans le temps et l’espace, clignotements dorés. Fireflies. Petits points timides et néanmoins bien visibles, dessinant très nettement les frondaisons massives des arbres, des lucioles, par milliers… Touches de lumière, touches de poésie, au coeur du sombre, de l’inconnu.

Comme la vie, quoi.

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