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J’aime le bruit, l’odeur, l’ambiance de la pluie. Et par dessus tout, j’aime être dessous. Sentir les gouttes ruisseler sur mon front, mes joues, mes lèvres, les sentir glisser dans mon cou, descendre le long de ma colonne vertébrale, comme des veines extérieures chargées de ce sang du ciel, qui viendraient en support à ma propre vie.
Ce post ne nécessite aucun mot. Tout est dit.
Seul le temps nous dira si j’ai raison ou tort.
“Si on n’avance pas, on ne risque pas de se tromper de chemin. Mais bon, on n’avance pas”.
Cet après-midi, j’ai dormi au pied d’une cascade, dans un cirque de montagne à 2200 mètres d’altitude. Entourée des glaciers ourlés de leurs pétales de neiges éternelles, au creux de l’herbe tendre, je me suis assoupie et j’ai rêvé, d’un sommeil délicat et serein.
J’ai rêvé que tout ira bien.
Crois-tu vraiment qu’après la pluie vient le beau temps?
Comment être sûre que tous tes mots n’ont pas déjà été dits,vaines paroles portées par le vent? N’as-tu jamais voulu changer avant? N’as-tu jamais regretté ce que tu avais fait à d’autres que moi? As-tu jamais dit que tu aimais, et que pour elle, pour toi, tu changerais?
Si, bien sûr que si. Mais tu ne l’as pas fait. Alors comment te croire?
Plus jamais je n’oserai ou me risquerai à te croire à nouveau. J’aimerais, pourtant, pouvoir imaginer que tout est encore possible, penser que tout peut recommencer, mieux, sur des bases plus fortes, plus saines. J’aimerais tellement. Mais j’ai beau essayer, tout me hurle que ce n’est pas vrai.
Peut être parviendrons-nous à être amis, à défaut d’être amants, amours ou compagnons; je ne sais pas, j’ai bien trop peur d’en souffrir, là aussi.
Debout face au vide qui me nargue. Au bord de cette falaise, j’observe le sol, bien plus bas. Les moutons, les vaches, les voitures ne sont que des points tout juste perceptibles.
Se jeter dans le vide. Pour penser ma vie, l’espace d’un instant perpétuel. Pour panser ma vie, les doutes et la souffrance.
J’ai peur et j’ai confiance. 14h, il est l’heure, et je pense en souriant que lui aussi, à cette heure ci, part pour s’envoler ou mourir. Je suis heureuse malgré tout de cette connexion que lui et moi avons toujours eue, et qui continue, clandestinement, même après notre perte, malgré nos entourages qui se déchirent. Je n’ai pas besoin de réconfort. Pas besoin de savoir qu’il souffre pour me sentir mieux. Mais j’aime à croire que c’était différent, et que d’une certaine manière, ça continue de l’être, par ces correspondances virtuelles, indirectes et clandestines. Précieux.
Enfin, je cours vers la pente, tractant ma peine, mes réticences. Je me vois tomber et mourir. Je pense à lui.
Je m’envole.
La voile se déplie, majestueux oiseau de toile, le bruit de mon déplacement dans la masse d’air est somptueux.
Quand il n’y a ni courants ascendants, ni courants descendants, plus rien ne bouge, immobile, silence total. Une araignée suspendue à son fil invisible, tranquille, seule au milieu des cieux.
Je marche. Chacun des pas que je pose se veut une dose d’oubli. Haut, près de ce col d’où je surplombe la vallée, mon désarroi et lui; je réfléchis.
La confiance est une chose rare, qui sitôt trahie, est perdue à jamais. Quand bien même je voudrais, je pourrais pardonner, oublier, recommencer, je crains de ne jamais pouvoir réparer. Porcelaine brisée, qu’on chérit malgré tout tant et plus, voulant ignorer les fêlures qui la défigurent, l’enlaidissent, la dénaturent.
Même maintenant, sans enjeux, je me dis que peut être il me ment. Il a avoué pour deux, qu’en sais-je à présent? Combien de soirées après nos disputes, combien d’occasions où, énervé, blessé mais surtout fier, il a voulu se prouver qu’il ne me devait rien? Et cacher aujourd’hui, par espoir, par lâcheté. Il ne m’aurait pas dit, si je n’avais trouvé.
Je souffre de son absence autant que de ce qu’il a fait: n’y a t-il nul répit?
Je mange quelques framboises sauvages, sens le vent dans ma nuque, perçois le tremblement de mes muscles durant l’effort: malgré tout, je vis.
Je me noie et je meurs;
Indicible souffrance
Dans mes cris, dans mes pleurs
Je n’ai nulle délivrance.
La haine qui me ronge
Et qui m’emporte ainsi
Se niche dans mon cœur
Tréfonds de ma folie.
Mille fois je rejoue
Les intentions, le prix,
Et je suis épuisée
A bout, et si meurtrie.
Cette histoire me broie
Me laissant sans répit
Et je n’ai plus la foi
D’avancer dans la vie.
Le repos est un mythe
Il m’a abandonnée.
Et je sais bien, je quitte
Tout ce qui me faisait.
Pas un bruit ne perce autour. Mais tout hurle en moi.
Le ciel est clair et pur. Je ne suis que brouillard.
L’eau fraiche abreuve les prés. Je suis sèche, gorge nouée.
Hermétique. Fermée. Insensible. Frigorifiée.
Tout me poursuit, les images, les idées, la folie. Les corps entremêlés. Je suis cyclique, je tourne en boucle, en rond, ressassant les mêmes mots, les mêmes angoisses, les mêmes rancœurs.
C’est fini, je le sais. C’est moi qui l’ai voulu, je n’avais pas le choix. Je me suis arraché de moi-même ce à quoi je tenais, mon air, mon cœur et mes projets.
Je l’aime et je le hais. Adieu, à jamais.
Sous la lune claire et froide, je songe. Les circonvolutions de ma cigarette m’entrainent dans mille mondes inconnus, et je pars, ombre éthérée douée de la puissance des rêves, à travers le temps et l’espace, à travers moi.
Je monte, pur esprit, vers les cieux clairs et prophétiques, à la recherche des réponses aux questions éternelles.
Dieu, es-tu là? Qu’as tu donc fait de moi? Qu’as tu donc fait de nous?
Je me souviens de mon grand-père et de ses récits dans le maquis. Un couteau pour couper, trancher, manger, un morceau de savon gros comme le pouce si on avait de la chance, pour se laver dans la rivière, un chien fidèle (Pernault, celui de mon grand-père!) et la belle étoile comme ciel de lit. Rien d’autre que ça, ses pieds pour marcher, ses fonctions d’humain comme seules ressources quotidiennes.
Parfois, je parle avec lui, et nous discutons de l’avancement phénoménal et incontestable qui s’est produit ces dernières années. Aujourd’hui, je me suis imaginée lui parlant, vérifiant sur mon iPhone avec lui quelque chose sur Internet, cette chose tentaculaire qui le méduse, naviguant de page en page, connectant l’appareil à l’ordinateur de bord de la Toyota Prius de mon père pour appeler depuis l’intérieur de l’habitacle en mains-libres, ou afficher notre position GPS en temps réel; laissant le véhicule manœuvrer de lui-même pour se garer, se fiant aux capteurs latéraux et aux caméras intégrées. J’imagine sans peine sa réaction, lui à qui envoyer un “télégramme depuis mon téléphone nain” (comprendre un texto depuis mon portable) semble incompréhensible, le laissant dans la plus grande circonspection.
J’ai toujours entretenu une relation duale avec la technologie. A mi chemin entre besoin et rejet. Envie et dégoût. Je ne suis pas passéiste, mais accordez-moi que tout ça n’est que très superflu et manifestement non nécessaire à notre survie quotidienne. Pour autant, ça me fascine.
Mais, comme d’habitude, c’est mon grand-père qui a raison.














