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Oxymore éclatant, ma vie est chamboulée. Tout en toi m’émeut, me touche et me remue.

Tes interrogations, tes doutes, tes certitudes. Tes affirmations somptueuses et décalées, assertions proclamées de ta voix sentencieuse, soulignées de ton regard roublard, rusé, taquin. Tes questionnements profonds, sur tout, toi, moi, eux, ils; ces remises en jeu du prétendu évident, de l’apparent absolu. Ton sens politique exacerbé. Ton humanisme et ta douceur. Tout est matière à questionnements; avec toi, point de repos. Tes attitudes, la courbe de ta nuque, ton regard concentré et boudeur, lorsque tu joues, tu lis, tu ris. L’énorme déplacement d’air que tu engendres lorsque tu cherches ou perds quelque chose, inefficacité flagrante, tourbillon humain, partout et nulle part. Tes expériences impromptues et contemporaines de musicalité alternative, clippeur fou et mixeur sous substance neuronale. Tes livres, enchevêtrements inextricables de concepts, paradigmes philosophiques, socio-économiques, politiques, pyramides instables, autels du savoir déposés ça et là, de manière incongrue, ouverts, fermés, cornés, empilés. Tes mains, si douces, si fortes. Ta manière de dormir, nuque exposée à mes baisers, la prison de tes bras, ton souffle en guise d’air; ta respiration, métronome régulier de mon rythme cardiaque. Ta présence m’est électro-statique.

Tellement de détails, de petits bouts de toi, de riens, de touts, de riens du tout.

Tu vas penser que j’en fais trop, intarissable verbiage. Mon oxymore, si fantasque et superbe, contradicteur prophétique des ordinaires et des communs.

Je suis triste. La douleur monte et part.

Vague brûlante qui déferle, je la sens venir, tout se met à trembler.

Ma vue se brouille, mes genoux cognent,

Et ma gorge soudain se retrouve écrasée.

Ersatz de fin du monde,

Le quartz de notre histoire

Résonne d’un tac particulier.

Retour. Voilà un peu plus d’une semaine que j’ai atterri pour de bon en France, et je me sens encore un peu en décalé.
Chaque jour, j’ai l’impression d’être en vacances temporaires ici.  Comme si tout ça était encore iréel, irréalisé. “Monter dans un avion, c’est comme monter dans le sas de sa vie. En apesanteur, en attente. Vers quelque chose. Depuis quelque chose. Pas vraiment nulle part. Mais pas vraiment ici. Entre deux. Destinations. Horaires. Vies?”

Je pensais que le retour serait plus dur que ça. Mais en fait, c’est beaucoup plus facile que prévu. Tout semble simple, calme… évident. Reprendre ses marques. Réintégrer sa propre normalité. Visages connus, espaces apprivoisés. Réflexes, habitudes.

J’avais peur de la sensation de “parenthèse” décrite par de nombreux amis, rentrés avant moi. Cette impression d’un retour en arrière, comme si tout ce qui s’était passé entre temps n’avait pas vraiment existé, comme une espèce de rêve éveillé. J’avoue qu’ils n’ont pas tort, mais que ça n’est pas aussi traumatisant que ça. Je me rends compte par ailleurs que j’ai évolué, grandi, mûri, que je n’attends plus les mêmes choses ou du moins que je suis plus souple quant à leur accomplissement.

J’avais peur de l’amertume, aussi. Me rendre compte que tout continue là bas, sans moi, et réaliser tout simplement qu’on n’est pas indispensable, même si je ne pense pas avoir eu la prétention de le croire. Mais non, pareil, je ne crois pas qu’on se sente amer, au contraire. Réaliser que tout continue, c’est accepter l’idée que nous aussi, on a le droit de continuer, ailleurs, avec d’autres gens, même si on n’aura jamais pareil, et tant mieux. Une boule à neige souvenir intacte, posée sur une étagère, et qu’on secoue juste pour le plaisir, histoire de remuer les souvenirs.

Je suis là. Je suis rentrée.