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Faire partie d’une entité. D’un groupe. Avoir une identité commune avec d’autres personnes. Raph se demandait ce que c’était d’avoir une identité nationale. Personnellement, je n’ai jamais eu l’impression de faire partie d’un quelconque groupe social, même si je suis quelqu’un qui sociabilise beaucoup. Un peu trop les vendredis et samedis soirs, même.

Par contre, samedi, j’ai été frappée de plein fouet par un constat étrange. J’ai une famille. Je ne m’en sers pas beaucoup, c’est un accessoire superfétatoire je trouve. Ceci dit, j’en ai une. La dernière fois que je m’en étais servi, c’était à un enterrement, il y a 10 ans.

On est nombreux, dans ma famille, même si je suis fille unique. La seule fille unique du lot, à vrai dire. Et c’est marrant, on porte tous le même nom. Enfin, surtout les garçons, et les filles pas mariées et bégueules comme moi. Et je me suis rendue compte qu’autant quand j’étais petite, mes petits et grands cousins me cassaient plus les pieds que ce qu’ils pouvaient être intéressants à mes yeux ; autant maintenant que nous sommes adultes (ou plutôt post-adolescents sur le tard), ils me cassent toujours un peu les pieds, mais moins. Certains sont même charmants. Voire intelligents. Voire beaux.

Merde alors. Je savais bien que la famille, c’était de la couille.

Ca y est.

J’en ai marre.

J’ai atteint le point de non-retour. Ou presque.

L’envie de balancer des pelles dans la gueule de mon prochain, à défaut de lui tendre l’autre joue.

L’envie sauvage. Contenue, mais furieuse.

Je me sens comme un goût furibard de colère retenue. Un goût aux piments rouges.

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J’exulte intérieurement à l’idée de claquer ma dém.

Je m’apitoie également sur mon incapacité notoire à franchir le pas.

Parce que j’en ai besoin, de ce foutu salaire. Quand bien même je fais bien plus que ce que je devrais accepter. La sensation que le proverbe « trop bon, trop con » me colle à la peau comme un chewing-gum Hollywood pourrait me coller aux tongs un 15 août.

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Marre de devoir faire attention lorsque je marche dans la rue, parce que je n’ai pas de sécu, et encore moins les moyens de me payer l’hôpital.

Marre de me dire que je peux me faire virer du jour au lendemain, sans préavis aucun, d’autant que je n’ai encore plus de contrat depuis le 7 janvier dernier.

Marre de réaliser que ça fait deux ans que je bosse pour cette boite, dont 9 mois sans contrat.

Marre de me taper trois boulots à la fois, parce qu’on coupe les budgets, que mon assistante n’a pas été renouvelée, notre agence de comm non plus, et que donc je gère désormais les trois jobs à moi seule. Et bien sûr pour mon seul salaire.

Marre de me dire que même si je me fais virer, je n’ai pas droit aux allocations chômage. Et pas même au RMI. Juste mes yeux pour pleurer, et mes économies, en attendant.

Marre d’être précaire sans pour autant être libre.

Marre d’en avoir marre, et de ne jamais avoir les couilles de tout lâcher, une bonne fois pour toute.

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J’ai juste peur. C’est con.

J’ai juste peur.

*râle, peste, grogne, ronchonne, trépigne*