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Je me demande parfois si les cheminements d’une vie sont faits d’actes logiques et de choix personnels, ou bien de déterminations intrinsèques liées à l’inné et l’acquis. Ces choix eux-mêmes pouvant être déterminés, au final. Quand je me songe vieille, lorsque le temps m’aura rattrapée et saisie de ses doigts graciles et ravinés, qu’il m’étreindra fort, me laissant sage et calme, sans besoin de lutter ni de prouver rien à moi-même ou aux autres, je me vois sereine et détachée. Libre. « Ne me pleurez pas, car j’ai bien vécu ». Les cicatrices et les rides de ma peau parcheminée se faisant les témoins muets et criants de mon histoire, de mon passage. Mes yeux qui se ferment, repus de trop de lumière, de trop de vie. Que se dit-on, à l’approche de la fin? Laisser aller, laisser faire, lutte désespérée, réflexes de survie puisés aux tréfonds de nos tripes? Se dit-on « à quoi bon? »?

Aimer, souffrir, sentir, ressentir, pleurer, saigner, rire, chanter, vibrer, rêver, regarder les étoiles, marcher, caresser une peau, un pelage, courir, défier le soleil, avoir les poumons qui brulent sous l’effort, les yeux qui piquent,  les oreilles rouges à cause du froid, envie de bailler, les papillons dans le ventre, le cœur qui bat, des fourmis dans les jambes, des étoiles dans les yeux, des illuminations dans la tête, des projets, des éclairs, des espoirs, des envies, des désirs, des passions, des déceptions, des sursauts… Vivre.

C’est la première fois.

J’ai peur, je suis stressée, je tremble. J’ai peur de son jugement. Je ne sais pas que dire, par où commencer. Nos regards se croisent, j’évite le contact. J’ai envie de le prendre dans mes bras, de le serrer contre moi, de lui dire tout ce que je ne peux pas dire. Je me retiens, pourtant.


Les projets. Ce sont les premières choses qui me viennent en tête. Tout ces enfants, ces maisons, ces voyages. Ces envies. Ces projections de soi, de nous. La tête qu’auraient nos modèles réduits, nos petits bouts de choux.


Les rides qui se dessinent au coin des yeux, c’est la deuxième chose à laquelle je pense. A quel point le temps passe vite, et que vieillir avec quelqu’un, c’est un don. De soi. Mais aussi du ciel.


C’est la première fois.

Que j’ai cette espèce de boule dans la gorge, dans le ventre.

La première fois que j’ai eu à dire “c’est fini, je ne t’aime plus” à quelqu’un.

J’ai toujours été d’un naturel calme, souple, sociable. J’ai toujours été quelqu’un de souriant. J’ai toujours été douce. J’ai toujours été rêveuse. Quand j’ai songé à l’expatriation, une des premières choses qu’on m’a demandé, c’était « Pourquoi ?», puisque j’avais tout ici, et que je semblais me contenter de ce tout un peu vague.

Quand je songe à cette question, je me rends compte que je n’ai pas encore trouvé la réponse, mais j’ai quelques indices. Je crois pouvoir dire que non, je ne suis pas partie pour fuir quelque chose, mais pour poursuivre quelque chose.

C’est probablement bête à dire, mais j’ai envie de « kiffer la laïfe ». Je me rends compte que tout passe trop vite, et qu’on n’a que très peu de temps, au final. Aussi, j’ai envie de me lever, chaque matin, en me disant que je suis heureuse de vivre quelque chose de fou, de différent, de profondément enrichissant. Et chez moi, ça passe par le fait d’être « ailleurs ».

Aussi, ma vie en France en ce moment me laisse quelque peu morose. Me taper deux heures d’embouteillages pour aller bosser comme une dingue dans une zone industrielle moisie, et me demander combien de temps je vais tenir… ce n’est pas l’idée que je me fais de la vie que je veux. Ici, je me sens terne. Transparente. Fade. Mièvre. Triste.

La France a du bon. Je ne risque pas de le nier, moi qui n’ai ni sécurité sociale, ni chômage, ni retraite, ni protection syndicale de quelque ordre que ce soit et qui fait des heures à rallonge. Elle a même beaucoup de bon. Mais je suis une chasseuse de rêves, et la France ne me fait pas rêver.

Aussi, je songe sérieusement à tout plaquer une nouvelle fois. La France, Hong Kong, mon boulot, mon ersatz de mec, mes revenus, mon confort de vie. Pour aller m’occuper de soigner des tortues pendant un an en Australie.

Et le pire, c’est que c’est pas une blague.

 

 

Parce qu’en ce moment, je n’ai ni la foi, ni l’envie, ni le temps. Alors, je nous fais un petit ‘Exit’ le temps d’être moins désabusée de tout.

Le temps que l’inspiration, l’envie, la motivation reviennent. Le temps de remettre un masque de bonne humeur. Le temps de redevenir le coach que je sais si bien être.

 

Oui. Là, j’avoue. Je suis fatiguée.

Attelons nous à un “pour / contre” dans les règles, vu que ça fait un peu plus de trois semaines que j’ai déposé mes bagages en France.

La France, c’est cool parce que je peux manger du Mont D’Or à VOLONTE, faire des dessins dans la buée des vitres à cause du froid, chanter “Where the streets have no name” à tue-tête dans la bagnole pendant une heure d’embouteillages, aller n’importe où et ne connaître personne, retomber amoureuse de la voix de Fabrice Drouel sur France Inter, lire un bouquin devant le poêle avec un chat sur le genoux, raconter de la merde à une terrasse de café chauffée, écouter des redifs de Desproges à la radio, refaire le monde avec des gens qui me connaissent depuis… pfiou… 23 ans, porter des gants en cuir qui sentent bon, manger des steacks tartare, fumer en cachette (un peu), regarder le zapping sur Canal, me moquer de la tête de David Pujadas, voir les étoiles la nuit.

MAIS

Hong Kong me manque parce que je ne peux pas écouter “Sweet child o’mine” en live au Spicy Fingers de Wanchai, partager une clope, un cocktail en terrasse en plein hiver (20° sur HK en ce moment), lever la main et prendre un taxi, me perdre dans des rues inconnues sur Kowloon en allant toujours vers le nord quand je veux aller vers la mer, me faire une jonque un samedi après midi, manger des trucs improbables, parler une langue étrangère voire même deux les jours de grande forme, voyager en Asie du sud est, me balader sans jamais devoir prendre garde à mon sac, chanter dans le métro avec l’iPod à fond dans les oreilles, me moquer en français des gens dans la rue, me confronter à d’autres manières de penser que la mienne, fumer comme un pompier chez moi ou dans les bars, manger des xiaolongbao, avoir les cheveux qui bouclent à cause de l’humidité, montrer mon mauvais côté d’abord, faire semblant de me foutre de tout, oublier, prendre le tram, ne plus avoir peur des vivants, sentir l’encens dans les rues, avoir peur des fantômes dans High Street, faire des vannes nulles en anglais (même si celles en français sont pas meilleures), être contente quand un typhon s’amène, comprendre “thank you very much” quand un Hongkongais me dit “ten jew berry mash”, savoir qu’il est 23h quand l’IFC s’éteint devant chez moi, voir la mer depuis ma fenêtre.

Ahem. Bon. C’est comme pour tout apparemment, du bon, du mauvais, du moyen, du “j’aime pas”, du “je kiffe”, et beaucoup de “je sais pas où j’ai mal”. Rien de bien nouveau sous le soleil, en somme.

PS: ah oui, il paraît qu’il faut, en ce moment, vous souhaiter une bonne année tout ça. Moi, les voeux de l’an dernier m’ont pas servi à grand chose, alors vous sentez pas obligés hein. Mais j’vous souhaite quand même plein de rêves à réaliser, des idées pour les concrétiser et des amis pour vous y aider.