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Le galop des chevaux. Tremblement imperceptible au départ, grondement qui monte, de plus en plus fort, faisant tinter les ballons de vin blanc les uns contre les autres, tonnerre des sabots lorsque les chevaux aux robes perlées d’écume passent juste sous vos yeux.

Les mains se serrent autour des tickets de pari. Les encouragements jaillissent, qui du sol, qui des balcons, pour les jockeys qui semblent en suspension au dessus de leurs montures.

Les lumières de la ville et des buildings alentour. Le gazon, d’un vert vif et brillant. Les noms des chevaux apparaissent à l’écran pour les parieurs, qui souvent font leur choix sur ce critère. Moi qui ne parie jamais, par peur de perdre, et parce que je n’assume pas véritablement le jeu de devoir forcer des bêtes à courir ; je me laisse tenter, une fois. Après une longue discussion avec le bookmaker qui me conseille de jouer sur le n°4, « Lock your target », je mise 40HK$ pour la course suivante.

C’est 220HK$ que je remporterai ce soir là. La chance du débutant. Mais j’emporterai aussi le martèlement des sabots, les lumières de l’hippodrome dans la nuit hongkongaise, les cris de joie des parieurs, et l’odeur de l’herbe piétinée par ces chevaux majestueux aux jambes longues et fines, auréolés d’une fine vapeur.

 

Photos: LTS / DL. (plus d’infos sur borborygmesetbarbarismes [at] yahoo (poueng) fr)

En ce moment, je cherche un appartement. En France. Pour éviter la boucherie inévitable qui s’ensuivrait d’une cohabitation forcée avec mes géniteurs adulés, je me suis donc résolue à l’idée d’une colocation avec un ou une parfait(e) inconnu(e).

Etant toujours localisée à 10 000 kilomètres de mon futur logement, j’expérimente donc les petits bonheurs de la visite virtuelle, du « non, je ne suis pas déclarée, je ne ferai donc pas de demande à la CAF », et du « mais bien sûr que je paye la moitié du Wi-Fi ».

Le mois prochain, parce que je ne me lasse jamais de nouveaux challenges, je cévéise et je lettre de motivationne, histoire de plaquer TripleB (BigBadBoss) une bonne fois pour toutes. J’en glapis de joie à l’avance.

Je crois que l’un de mes plus gros problèmes, c’est que j’ai sans arrêt l’impression de jouer ma vie. Parce qu’en effet, à mes yeux, chacun de nos choix implique un acte différent, entraînant une conséquence différente. Un peu comme dans Cours, Lola, cours.

En effet, je ne crois pas tellement à la notion de destin. Je crois que chacun peut faire ce qu’il veut avec les minutes qu’il lui reste dans sa vie. Et de mon côté, je me pose sans cesse des questions à ce sujet : est ce que je fais bien ? Qu’est ce que ça impliquerait si je faisais autrement ? Dois-je attendre ? Oui, mais si je n’attends pas ?

C’est de la remise en question permanente. Or, cette remise en question peut être aussi paralysante. Peut-être est ce aussi pour ça que j’émaille ma vie de théories superfétatoires. Elles me rassurent, et jalonnent un parcours semé d’obstacles, mimant un point d’accroche, donnant un semblant de logique à mes errances.

Si je ne me posais pas toutes ces questions, est ce que ça n’irait pas mieux? Comment met-on un cerveau sur “off”? 

Y a-t-il des règles? Pour rappeler quelqu’un. Pour envoyer un email. Est-ce que c’est toujours l’homme qui doit reprendre l’initiative, et ce faisant, qui montre qu’il y a possibilité d’envisager quelque chose (ou pas)? La règle du « Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis » me semble être une constante dans les relations amoureuses.

En fait, si je théorise à nouveau là-dessus, je pense que l’on peut partir du postulat que :

Si le degré de désir d’un mâle dominant est inversement proportionnel au nombre de coups de fils passés par la femelle qui le convoite ou qu’il convoite,

Si la difficulté à obtenir cette femelle est l’équivalent négatif de la facilité à vivre la relation au quotidien une fois qu’elle est établie,

Alors, on peut dire que la compatibilité relationnelle entre deux êtres humains de sexe opposé est liée de manière tangible à un subtil degré de je-m’en-foutisme établi comme base de ladite relation.

En gros, il faut laisser l’autre respirer. Et c’est beaucoup plus dur qu’on ne le croit.

PS : j’écris ce post à 11:11 un 11/11. Là, vraiment, là, maintenant, tout de suite, je kiffe, grave.

Je crois que j’ai un gros problème déontologique.

Je n’en dirai pas plus, j’ai bien trop peur qu’il ne lise ceci, par je ne sais quel hasard, ou quelle recherche google. C’est un peu la question qu’on se pose, au bout d’un moment, avec les blogs. A partir de quel moment doit-on s’autocensurer? Quelles sont les limites à ne pas dépasser? Doit-on à la sincérité le risque de se porter soi-même préjudice?

Je suis parfois partisane de l’expression en libre cours. Celle qui fait du bien, celle qui fait qu’on pose enfin les mots, qu’on se lâche et qu’on explose au monde entier, sans se soucier des jugements de valeurs, des carcans intellectuels ou d’un certain extrémisme bien pensant. Celle qui fait qu’on assume d’être soi aux yeux du monde. Quels que soient les yeux qui se posent sur ces mots.

Toutefois, je suis aussi parfois partisane d’une certaine retenue, celle qui incite à n’écrire que des textes pour le plaisir des yeux des autres, et plus vraiment pour cette espèce d’analyse intérieure imposée au lecteur, qui permet, par le fait même d’être lue, d’accéder à une sorte de catharsis personnelle.

Cette retenue, aujourd’hui, je vais la faire mienne. Parce que je crois que j’ai un gros problème déontologique.

Parce que je sais que ça n’est pas gagné.

Mais que j’ai quand même du baume au cœur.