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Le 1er octobre, j’aurai disparu.
Le 1er octobre, jour de fête nationale à Hong Kong (pour cause de célébration de la création de la République Populaire de Chine, le 1er octobre 1949), est un jour férié. Aussi, je pose quelques jours et pendant une semaine, je disparais.
Je m’envole pour le Laos. La jungle. Hong Kong – Bangkok – Chang Rai. Puis ensuite, cinq heures de 4×4 pour aller jusqu’à Luang Prabang, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Réserve naturelle. Repaire de gibbons. Cabanes en haut des arbres en guise de logement, accessibles uniquement par cables tendus d’une cabane à l’autre, d’un arbre à l’autre. Une heure et demie de marche dans la jungle pour accéder aux cables depuis le centre d’accueil de la réserve. Du vert. A perte de vue.
Empreinte réduite au minimum, tant que faire se peut. S’il est toutefois possible de minimiser son empreinte, quoi qu’on fasse. Juste pour ouvrir les yeux sur autre chose que mes buildings quotidiens, stalagmites de béton. Chercher l’émerveillement, si ce n’est se chercher soi-même.
Paludisme. Dengue. Malaria. Grippe aviaire. Mousson. Mines antipersonnel.
Je pars avec un stock de médicaments, antibiotiques, antipaludéens, antiamariles.
J’ai changé mes HK$ pour des Baths thaïlandais et des Kips laotiens.
J’ai une bonne assurance, un bon sac à dos, de bonnes chaussures, et un bon copain.
Si c’est à moitié aussi beau que ça en a l’air, c’est qu’il ne s’agira que de l’Eden.
Vous avez probablement eu vent, en France, du scandale des produits laitiers en Chine…
Pour vous la faire courte, ici, on a le sentiment très net que toute cette histoire a été étouffée bien longtemps… Les Jeux Olympiques ont été une chape de plomb bien plus lourde à soulever que tout le dioxyde de carbone des 16 villes les plus polluées au monde (toutes en Chine, d’ailleurs). Rien ne filtrait. Tout devait être absolument parfait.
Déjà que les mini scandales ont éclaté régulièrement, pour telle image photoshopée, ou pour telle petite fille jugée vilaine et ne méritant pas d’apparaître sous les feux des projecteurs mondiaux. Il n’aurait pas été de bon goût qu’on évoque tel ou tel risque sanitaire…
Hautement malvenu, même.
Aussitôt le scandale éclaté, 22 firmes sont mises au ban. Quelques jours après, en Chine, ces produits sont rappelés et retirés des étalages. Mais à Hong Kong, dans mon Park’N'Shop, en bas de ma rue, je pouvais trouver quoi, encore sept jours après le scandale, au rayon laitier? Les dits produits. Normal.
Pourquoi? En raison de la relation sado-masochiste qu’entretient Hong Kong avec la Chine, redevenue mère patrie depuis 1997. Ici, les Hongkongais ont tellement peur de vexer la Chine que tout est pris avec une précaution extrème… Même si la liberté d’expression permet aux journaux de parler du scandale et d’en faire un point régulier, il n’empêche que dans mes têtes de gondoles, plus d’une semaine après, j’avais toujours accès au lait frelaté de SanLu ou de YiLi.
Travaillant dans une boite qui fait des peluches pour les petits bouts, je suis essentiellement entourée de primo parents hautement angoissés par cette affaire.
Personnellement, au final, ce qui m’angoisse, ça n’est pas tellement le lait en lui même, mais le fait que des problématiques sanitaires impliquant la vie de nourrissons soient sujettes aux frilosités épidermiques des dirigeants hongkongais rebutés à la simple idée de souffler sur le poil d’une mère aussi dédaigneuse que mal aimée. Et je ne parle même pas de le rebrousser, le poil.
Edit :
Et même les grandes marques internationales ont été touchées…
Edit:
| CHINA DAILY |
| Lait contaminé : la justice chinoise a rendu son verdict |
![]() |
| Dans l’affaire du lait contaminé à la mélamine, le verdict est tombé le 22 janvier. Avant même de mentionner l’identité des accusés, le quotidien insiste sur la lourdeur des peines : trois condamnations à mort, dont une avec sursis, trois à la perpétuité, deux à quinze ans de prison. Pékin voulait frapper fort au regard du scandale agroalimentaire de l’été 2008. Six enfants étaient morts et 296 000 autres étaient tombés malades après avoir bu du lait frelaté. |
C’est peut être d’une banalité à crever, mais la génération des 20 – 30 ans actuelle me semble beaucoup plus mobile qu’avant. Et quand j’entends « mobile », j’entends également accoutumée à la distance, et à la façon de la gérer.
Avant, quitter son pays pour vivre à l’étranger semblait difficile, sinon inconcevable. Maintenant, je ne dirais pas que c’est monnaie courante, mais cela semble possible, sinon envisagé.
Gérer la distance. Avec mes six heures de plus comparé à la France (sept heures en hiver), douze heures par rapport au Canada, les deux pays avec lesquels je travaille au quotidien, j’ai appris à jongler avec les horaires. A calculer. A faire des rendez-vous arrangés. A dire « bonsoir » quand il est neuf heures du matin chez moi.
Après le départ de T., mon ex numéro 3, je me suis sentie sombrer pendant quelques jours.
Au départ peu amène, et peu encline à la badinerie, je me suis toutefois laissée charmer par les messages, les idées, les mots d’un homme.
Ces dernières semaines, oui, j’ai rencontré quelqu’un. « Rencontré » est un grand mot, dans le contexte qui est le nôtre, vu que cette personne habite exactement à l’autre bout de la planète. Mais, est-ce lié à notre génération, où bien à une certaine folie douce, cet homme là est au moment où je vous parle dans un avion pour me rejoindre.
Près de deux jours de vol, décalages horaires inclus; un continent puis un océan, soit 20 000 kilomètres avalés par cet oiseau de métal qui me l’amène. Autant d’efforts pour une inconnue, ou presque. Juste pour se voir. Se donner une matérialité. Faire fonctionner nos cinq sens.
Le pire, dans cette histoire, c’est que je ne croyais plus aux relations à distance. Trop dur, trop compliqué. Mais là, étrangement, j’ai envie d’y croire, de m’accrocher à l’idée que rien n’est impossible, et que tout est affaire de volonté.
« Qui veut se donne les moyens, qui ne veut pas se trouve des prétextes ». Voilà une maxime qui te va bien.
Et l’étendue des possibles s’offre à nous. Tu arrives samedi matin. Je ne sais pas ce qu’il adviendra ensuite. Serons-nous des amants, grisés de tant d’espoirs, ou bien des amis, riant de nos insouciances et de nos folles lubies ?
L’Asie du Sud Est est définitivement étonnante.
Ce week end prolongé chez nous, j’ai pris mon envol pour l’archipel des Philippines. Vers Palawan, la plus longue de ces îles. Ce qui explique mon silence de ces derniers jours.
La tectonique des plaques étant ce qu’elle est (et gare au petit malin qui fera un jeu de mot avec cette danse ridicule, j’ai nommé la tecktonik, qui n’est rien moins que la version SMS du langage des signes), Palawan n’est pas située du même côté que le reste de l’archipel. Ceci lui conférant ainsi une faune et une flore légèrement différente des autres îlots paradisiaques composant les Philippines.
Outre le fait que les images parlent souvent mieux d’elles-mêmes que tous les discours que je pourrais vous faire, je me dois aussi d’avouer que je ne trouve pas les mots. Non pas pour décrire les îles, splendides. Ni le ciel, lumineux. Ni la faune ou la flore, fascinantes. Ni même l’eau, limpide.
Non, rien de tout ça. Les mots me manquent pour décrire les sourires.
Au final, ce sont eux qui sont splendides, lumineux, fascinants et limpides.
Voici quelques années que j’ai commencé à écrire des blogues. Depuis 2003, pour être précise, migrant au fil du temps sur des plates-formes différentes, permettant tel ajout, telle fonctionnalité, ou me permettant de fuir tel lecteur, tel regard, tel cercle.
Au départ sujet d’étude pour mon mémoire de maîtrise, le blogue est très vite devenu une addiction, plus ou moins régulière, plus ou moins entretenue. Voilà donc cinq ans que j’essaime la toile de mes billets d’humeur, butinant de-ci de-là auprès de blogueurs plus talentueux que moi des illuminations passagères au détour d’un mot, d’une tournure de style brillante ou d’un trait d’esprit.
Et mon mémoire concluait qu’un véritable sentiment communautaire pouvait émerger de ce réseau social. Ainsi, dans la gestion des conflits ou du deuil (fermeture d’un blogue), les comportements pouvaient aisément être assimilés aux réactions des communautés humaines.
Pour ce mémoire, je m’étais placée dans le cadre d’une observation participante. Suffisamment éloignée pour analyser, suffisamment près pour comprendre, sans jamais vraiment me sentir dans la communauté. Vous imaginerez donc ma surprise en apprenant que ma chère Reine des Pommes m’a tagguée dans une chaîne typique de la blogosphère.
Je me plie donc à l’exercice, et vous en énonce les règles. Il s’agit d’une chaîne, destinée à faire profiter mes lecteurs de mes petites perles dénichées sur la toile. Les lignes de ce blogue ont elles-mêmes été jugées aptes à passer cette qualification, qui me vaut ce titre :
Les règles sont donc les suivantes :
- Le logo doit être affiché sur le blog (le voici donc).
- Afficher le lien de la personne qui le décerne (ma chère Pomme, c’est un plaisir).
- Désigner 7 autres blogues qui méritent ce titre (je m’y plie ci-dessous)
- Indiquer les liens vers ces autres blogues (itou)
- Prévenir les heureux lauréats (de ce pas).
Même s’il est dur de faire un choix, voici donc ma sélection (non exhaustive, vous avez encore plein de liens partout qui se baladent dans le blogue, mais on m’a dit sept alors bon) :
Obni. Qui me ravit depuis des années de ses jeux de mots et haïkus délicieux.
Sugar, dont les coups de gueule et la douceur égaient des journées parfois moroses.
Blackwild, pour ses nouvelles, brillantes à chaque fois.
Raph. Parce que le premier blogue à avoir osé parler ouvertement de poneys, ça doit se découvrir absolument si ce n’est pas déjà le cas.
C4l1m3r0: du blog, de la bédé. J’adore.
Tox, parce qu’elle est brute de décoffrage. Parce qu’elle est tellement sensible. Parce qu’elle est tellement elle.
ScareCrow, parce qu’enfin un homme sait aussi parler d’amour.
Découvrez, visitez, partagez. Et le jour où ce blogue meurt, j’espère que vous viendrez peut être y jeter quelques fleurs.
Puisque je suis dans ma période Revival des années 80, voici de nouveau une petite perle qui m’avait marquée.
J’allais souvent passer mes vacances d’été chez mes cousins à Londres, et ma cousine était une inconditionnelle de Crowded House.
Aussi, cette chanson, telle une madeleine de Proust sonore, synesthésie instantannée, évoque en moi des salles de bains moquettées, et des fenêtres en œil de bœuf donnant sur les toits londoniens.
Par ailleurs, vous apprécierez le travail de l’accessoiriste.
Le 31 décembre 1999. Avec tout le symbolisme de cette date.
Le 31 décembre 1999, dans l’après midi, Arte, notre petite chaîne germano-française un peu décalée, avait diffusé « Last Night ». Le « Last Night » de Don McKellar. J’étais tombée dessus, et j’étais restée. Cela va faire dix ans dans quelques mois que j’ai vu ce film, et j’ai eu l’occasion de me projeter sur les rétines pas mal d’autres compositions du 7e art.
Cependant, depuis dix ans, « Last Night » reste mon film. Incomparable, inclassable, et inégalé. Il reste mon film car la mise en scène, intimiste, me touche, et son propos se fait l’écho de nombreux questionnements personnels.
Il ne reste que six heures à vivre à la population mondiale. C’est un fait acquis, accepté, sans issue. Quatre personnages. Quatre manières différentes de vivre sa fin. Lui, qui veut la passer seul chez lui, à écouter de la musique. Elle qui a décidé de se suicider au côté de son mari, pour ne pas « se laisser prendre ». Lui, consciencieux jusqu’à la toute fin dans son travail. Ou encore lui, qui s’acharne depuis quelques mois à vivre toute la luxure et les fantasmes accumulés d’une simple vie.
Loin des clichés consensuels, des « flash-back » hollywoodiens, des héros sauveurs du monde survenus d’on ne sait où. Loin du catastrophisme et des discours moralisateurs. Quatre personnages, quatre manières différentes de vivre sa fin. Et vous, que feriez-vous s’il ne vous restait que six heures à vivre ?
Pour rester dans les années 90, une chanson qui m’avait marquée.
Je n’ai pas la moindre idée du pourquoi.
<<<<<<< REWIND<<<<<<<<
Je suis née au début des années 80. En l’an mille neuf cent quatre vingt deux, pour être précise. Ce qui fait que j’avais trois ans lorsque le Rainbow Warrior trouva les grands fonds. Et quatre ans lors de Tchernobyl. Cet été là, je m’étais fait une robe d’une simple feuille de figuier. Un trou au centre pour la tête, et une ceinture pour tenir le tout. Oui, la feuille de figuier, cet été là, faisait la taille d’un enfant de quatre ans.
J’avais sept ans pour la chute du mur de Berlin et la réunification d’un pays. Neuf ans lorsque l’URSS est devenue un souvenir et la Guerre du Golfe une réalité. Douze ans à la fin de la première Intifada, et dix-huit au début de la seconde. Dix-sept ans pour l’Erika. Dix-neuf ans pour les tours jumelles. Vingt et un an lorsque le gouvernement américain outrepassa les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU pour attaquer l’Irak.
<<<<<<< STOP<<<<<<<<
J’ai maintenant 25 ans. Bientôt 26, à vrai dire. Et ces années passées me semblent lourdes, à tous points de vue. Pourtant, j’aime l’époque à laquelle je suis née. J’aime les années 80 pour ce qu’elles ont de réflexion et de sens critique, pour ce qu’elles ont de libertaire et de révolutionnaire, pour ce qu’elles ont d’un peu fou et insouciant, pour ce qu’elles ont de grave et de sérieux.
Je ne sais pas quand j’aurai des enfants. Je ne sais pas ce qu’ils penseront de leur époque. Je ne sais pas ce qu’ils penseront de nous. Je ne sais pas bien moi-même que penser de nous, à vrai dire.
Le temps de penser. Le temps d’intégrer. Le temps de métaboliser. Je songe, je fonds et me désintègre dans un espace temps en dehors de moi. Au fond, derrière le parc, les tours illuminées. Mégalithes de béton, d’acier et de verre. Valse à quatre temps des lumières.
Vue. Mes yeux focalisent sur une goutte qui coule, le long de la tasse. Comme une vie qui se laisse chuter d’un pont. Un saut de l’ange aquatique.
Goût. Le thé me brûle les papilles. Anesthésiée, je ne sens plus rien que la morsure acre du liquide bouillant sur ma langue. Je ne grimace même pas.
Toucher. Le ventilateur balaye ma nuque aux cheveux relevés. Quelques mèches collées par la sueur s’envolent. J’ai presque froid, maintenant.
Ouie. Le chat, collé à ma cuisse, ronronne bruyamment. Un vrai moteur diesel dont je ressens les vibrations dans ma chair.
Odorat. En volutes calmes et tranquilles, cathédrales de fumée, odes fugaces au rêve, l’encens brûle et m’emplit les poumons, la tête, l’esprit.
Le temps de penser. Le temps d’intégrer. Le temps de métaboliser.
Tu m’as quittée.

















