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Aujourd’hui, je fais un truc abrutissant au possible.

Je manage l’identité visuelle de la compagnie en supervisant le catalogue 2009.

Pour vous la refaire concrètement, je corrige les fautes d’orthographe du catalogue à paraître. Et pire, je vérifie les références. Ce qui se traduit par un mouvement incessant de mes yeux depuis l’écran sur lequel je corrige, jusqu’à la feuille de papier située sous mon clavier, recensant de manière précise et exhaustive lesdites références.

 

Aujourd’hui, j’ai encore moins de capacité de concentration qu’à l’habitude. Alors je rêvasse un peu.

One – U2 / Mary J. Blidge

Ca y est. Je me suis laissée piéger. Voilà plusieurs mois que j’ai un profil sur M****C, et là, je ne sais pas pourquoi, juste hier, j’ouvre mon compte mail poubelle (si, si, vous savez, les comptes que vous n’ouvrez rien que pour les enregistrements sur des trucs à la con qui vous envoient 20 000 notifications par jour).

Et là, je vois que j’ai reçu une tonne d’emails de MaCouille, donc (oui, je vais l’appeler MaCouille, ou MC, parce que, parce que bon). Une tonne d’emails donc, pour me dire que j’ai reçu des emails (je vous sens sarcastiques).

 

Et donc, les mails en question, et bien on ne peut pas les lire, et encore moins y répondre, à moins de payer un passe, qui coûte le prix de la gare Saint Charles au contribuable Marseillais. Mais donc dans ces mails là, il y avait la missive d’un Charmant, habitant… WanChai ! Soit à trois districts de chez ouam. Et ça fait vachement plus près que mes relations à 10 ou 20 000 kilomètres de distance, pour le coup.

 

Et là, c’est le drame.

J’ai dégainé ma carte bleue.

 

Et j’ai lu son mail. Et renvoyé un. Et je sens, étrangement, que je viens d’ouvrir la boîte de Pandore. Que j’ai mis le doigt, le pied, le bras dans un engrenage. Parce que ce matin, alors que ça faisait six mois avant-hier que je n’avais pas ouvert ce compte, et bien je n’ai de cesse de réactualiser la page de mon mail poubelle.

 

Je me fais pitié moi-même.

Lamma.

Lamma est un chat d’une dizaine d’années, au regard fier et tendre, doté d’un léger embonpoint. Lamma n’aime pas qu’on lui gratte le ventre, cependant, entre les oreilles, c’est bien.

Lamma a la queue coupée, séquelle d’un accident de jeunesse. Mais ici, où l’on coupe par tradition la queue des chats, son profil est juste évident. L’Empereur avait en effet estimé que le chat était un être trop parfait, qui faisait concurrence au fils du Ciel. Pour rétablir l’ordre juste (oui, l’Empereur aurait très bien pu être Royaliste huhu) tous les chats de l’Empire se sont vus défaits de leur attribut balancier.

Lamma me rejoint ce soir. Nous allons tous deux signer un contrat d’amitié à durée indéterminée. Il me jugera de ses yeux d’or, je tâcherai de mériter sa confiance. Il me gratifiera de sa discrète présence féline, je m’efforcerai de respecter son espace.

EDIT: J’ai déménagé. Oui, oui, désormais, j’habite chez Lamma. Il se sent un peu trop chez lui, je trouve, ce chat que j’ai maintenant.

On sert toujours aux petites filles des credo du genre « tu sais, faire l’amour, c’est important, l’idéal c’est de ne le faire qu’à partir du moment où tu es prête, et avec quelqu’un que tu aimes vraiment, et qui t’aime vraiment ». Bon, et bien ça va faire vieux con hein, mais c’est tellement vrai. Et on se fait tellement arnaquer lorsque ce n’est pas le cas. Pourquoi j’attends toujours plus? Un peu d’amour, un peu de tendresse. Un coup de fil, pour rappeler, savoir si ça va. Un texto, pour savoir si on se voit.

Suis-je dans la ville la plus débauchée de la terre entière, pour n’être tombée que sur des exemplaires hallucinants d’ego mâles surdimensionnés (au contraire de leurs attributs)? Par ici, l’amour est une chasse. Baiser pour baiser, pour agrémenter encore un peu son tableau de chasse. Un état de fait, qui laisse sceptique et blasé. Prudent, méfiant.

Mon numéro 3 m’a tenu la main dans la rue. Ce qui est hallucinant, dans cette chose toute simple, qui doit vous paraître d’un banal à mourir, c’est que j’ai trouvé ça dingue. Dingue, comme quand il m’a embrassée… devant tout le monde ! Et encore plus impressionnant: il a parlé de moi en des termes normaux, voire gentils à ses amis au téléphone, et ce en ma présence. Dingue, fou, absolument dément à mes yeux.

Je sais que ça ne durera pas, puisqu’il s’en va dans 5 jours maintenant, et que nous nous sommes dit au revoir ce week end. Trop de choses à emballer, finaliser, shipper, penser. C’est déjà fini, mais je sais que ce mec là est un mec bien. Je sais que ça existe.

Tout ça pour en arriver à la constatation suivante : je crois que je suis malade maintenant. Parce que les choses qui me semblaient si évidentes, si simples, si normales en France, me semblent désormais absolument inconcevables ou presque après 8 mois de relations foirées, manquées, tronquées. Après 8 mois de tableaux de chasse, et de relations kleenex.

Ca y est, je suis une handicapée relationnelle.

La mémoire humaine a quelque chose qui tient de l’étrange, parfois.

Pourquoi ce poème me reste-t-il en tête de manière si claire et si précise, alors que je ne me souviens même pas de ce que j’ai mangé hier? Peut être parce que je n’ai pas mangé hier?

Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville

Quelle est cette langueur qui pénètre mon cœur ?

Oh, bruit doux de la pluie, par terre et sur les toits,

Pour un cœur qui s’ennuie, oh, le chant de la pluie !

Mon grand-père a récemment fêté ses 88 ans. Et il se souvient de ses jeunes années, me raconte le maquis, l’arrivée des Américains à Sisteron, qu’il a accueillis en tant qu’élément de la Résistance Française. Il s’en souvient parfaitement. Et moi aussi, d’ailleurs, tant les milliers de fois qu’il m’a conté l’histoire m’ont marquée.

La mémoire humaine a quelque chose qui tient de l’effrayant, parfois.

Pourquoi est-ce que je continue d’avoir peur du noir, si longtemps après tout ça? Alors que j’ai effacé de ma mémoire, ou presque, le visage de cet homme, qui m’a agressée, une veille de Noël, alors que j’avais 12 ans. Pourquoi est-ce que je panique encore, jusqu’à la paralysie totale, lors des coupures de courant, ou tout simplement lorsque la minuterie du couloir s’éteint? Pourquoi est-ce que, lors du typhon, hier soir, lorsque la lumière a été brutalement coupée dans l’immeuble, je me suis mise à pleurer comme un bébé, recroquevillée dans un coin de la salle de bain?

Notre mémoire est sélective. Si seulement je pouvais choisir le programme à conserver.

Cet après-midi, sur Hong Kong, nous sommes en alerte typhon catégorie 1. Ce typhon s’appelle Nuri, et il vient de l’est des Philippines. En début de soirée, le signal passera à 3 probablement. Cette nuit, c’est le signal T8 qui va être activé. Et demain matin, nous passerons en T9, jusqu’à atteindre l’apocalypse du T10, le signal d’alerte le plus haut. Quand les climatisations sont arrachées des murs. Que les fenêtres volent en éclats sous les rafales. Je ne l’ai jamais encore vécu, le dernier étant arrivé en 1999.

A l’heure actuelle, Nuri évolue à 14km par heure vers Hong Kong, et souffle à 150km/h. Mais il est encore loin des côtes, et les typhons se réveillent à l’approche des côtes.

Alors, ce soir, en sortant du boulot, je vais faire trois courses, au cas où ça dure un peu, histoire d’avoir à manger et à boire à la maison. Je vais mettre du scotch sur les vitres, et tout calfeutrer. Je vais bien fermer les rideaux, vu qu’on n’a pas de volets ici, en cas d’éclats. Je vais débrancher toutes les prises de courant. Et mettre des serpillières sous les fenêtres.

Attendre l’apocalypse.

Nuri Typhoon coming toward Hong Kong

Nuri Typhoon coming toward Hong Kong


Pour info, la petite étoile rouge, sur le trajet du typhon, c’est chez moi.

EDIT: pour l’instant, je ne me suis pas encore envolée…

Precautions to take during a T9 typhoon

Precautions to take during a T9 typhoon

EDIT 2 :

Personnellement, tout va bien. Aucun dégât du côté de chez moi. Nuri ne sera pas monté jusqu’à 10. L’alerte 9 aura été la maximale. Cependant, il laisse 70 blessés et 1 disparu derrière lui, ainsi que de nombreux arbres arrachés et des dommages mineurs à quelques buildings. 250 000 personnes ont par ailleurs été évacuées en Chine continentale.

Pour ma part, je dois juste avouer que, l’œil d’un cyclone, c’est quand même relativement impressionnant.

Le gris sombre, les vents tourbillonnants, les rues désertes, les arbres s’inclinant sous les rafales.

Puis le calme, plat. Pas de bruit, pas de vent, le soleil. Quelques oiseaux, qui changent d’arbre, le temps de se réfugier un peu mieux. Le calme avant la tempête, véritablement. Quelques minutes de répit. Tout semble suspendu, entre deux, dans l’attente.

Puis le ciel redevient gris, lourd, chargé, et les vents hurlent aux oreilles. On ferme les rideaux, à nouveau, on se calfeutre, et on attend.

Je vous embrasse, je vais bien.

Depuis toute petite, j’ai été bercée par le Tribunal des Flagrants Délires, le Petit Rapporteur, la Minute Nécessaire de Monsieur Cyclopède… J’étais trop petite pour voir tout ça en direct, et pour certains trucs, je n’étais même pas née. Mais ma mère m’en parlait, souvent, et on écoutait ensemble des rediffusions à la radio. Le sarcasme et le cynisme ont depuis lors été mes humours favoris. Ceux de mon humoriste favori.

Un des sketches de Desproges, donc, puisque c’est bien de lui qu’il s’agit, évoquait donc un homme rigide au plus haut point, qui adorait notamment l’heure 11:11. Parce que c’était carré. Bien droit, bien propre. Et j’avais été fascinée par ce sketch.

Depuis, outre l’aspect esthétisant de 11:11, qui m’apparaît tel les sommets vertigineux et inaccessibles de l’Everest, j’ai fait de cette heure-ci un rituel quasi quotidien (quand je tombe dessus, à vrai dire).

Le rituel consiste à essayer d’attraper cette heure ci dès sa première seconde. Et de la fixer, jusqu’à ce que ça tourne à 12. Laisser passer une minute. Une minute entière de ma vie, qui passe, seconde après seconde. Savoir ce que représente exactement, en terme de temps, une seule et simple minute de ma vie. Intégrer, métaboliser cette durée.

Les minutes ne passent jamais pareil. Selon qu’on est occupé, ou pas, songeur ou concentré, riant ou soucieux, en attente ou pas. Mais là, cette minute pleine et consciente, je la savoure, et elle dure, longtemps. Elle me permet de me rendre compte qu’il en reste pas mal, du temps, des minutes, à faire des trucs avec ma vie.

La seule question au final, c’est : quoi ?

On dit souvent « l’Homme de ma vie », ou « la Femme de ma vie ». Avec des lettres capitales. Comme si nous ne pouvions en avoir qu’un, ou une, comme nous n’avons qu’une vie. Je reste persuadée, pour ma part, que nous pouvons tous avoir deux ou trois ou quatre ou dix, ou même mille tiens, Femme ou Homme de notre vie.

Tout simplement parce que l’être humain est un caméléon, qui s’adapte aux circonstances.

Ainsi, je pars du principe que je pourrai être aussi heureuse avec un pompier Canadien qu’avec un cadre administratif Italien, ou encore un postier Français, tiens. Ou même, sans parler de nationalités ni de boulots, avec un féru de musique classique, et un adepte du saut en parachute. Evoluant auprès de lui, fréquentant ses amis, découvrant ses goûts, ma personnalité épousera au plus près ce numéro 1.

Tout simplement parce que l’être humain est un caméléon, qui s’adapte aux circonstances.

Comprenez moi, je ne suis pas en train de prôner le fait d’avoir de multiples partenaires dans une vie… Du tout, du tout. Ce que je dis là, c’est que nous n’aurons probablement l’occasion de ne rencontrer qu’un seul de ces Hommes ou Femmes de notre vie. Parce que la vie est courte, et qu’on n’a pas le temps de tous les rencontrer. Mais Le Seul, L’Unique, à mes yeux n’existe pas. Il n’y a qu’une infinité de probables et de potentiels, suffit juste de tomber sur l’un deux.

Tout simplement parce que l’être humain est un caméléon, qui s’adapte aux circonstances.

Oui, je sais, c’est proprement scandaleux ce que je fais aujourd’hui.

Je n’ai pas finalisé le dossier à rendre à TripleB (BigBadBoss). Bah oui, j’ai un numéro 3 ces derniers temps, alors justement, j’ai moins le temps. En toute connaissance de cause, je vais donc user de mes charmes féminins. J’ai donc mis un super décolleté, une jupette au genou et de jolis talons aujourd’hui. En me parant de mon plus beau sourire, par-dessus ça.

Parce qu’il n’y a pas de raisons d’être moins bien payée que mes homologues masculins si je ne peux même pas obtenir un délai supplémentaire en usant de mes charmes. Nan mais.

Si je réfléchis bien, ma vie est toujours découpée en tranches. Tranches de semaines, tranches de gens, tranches d’heures. Il faut croire que ça me rassure, ces catégories.

Donc l’homme numéro 1 est toujours celui dont je suis amoureuse. Le numéro 2 est celui qui me fait fantasmer. Le numéro 3 est celui avec lequel je suis effectivement. Le numéro 4 est celui qui me court après.

L’homme parfait étant donc un mélange de ces quatre hommes : un homme dont je sois amoureuse et qui me fasse fantasmer, avec lequel je sors effectivement, et qui s’accroche à moi comme un désespéré à sa branche.

Bon, mon numéro 3 du moment est vraiment très bien. En dehors du fait qu’il quitte Hong Kong le 31 août, donc dans très peu de temps. Et ce, pas pour la France, non, non, ça serait beaucoup trop facile. Non. Pour l’Amérique du Sud. L’autre bout du monde, vu de Hong Kong.

Nous jouons donc la danse du cœur. Enfin, surtout moi. A coup de : « le plan, c’est pas de plan ». « Nous verrons bien ». « Advienne que pourra ». Ou encore « Si, je m’attache, mais ne t’inquiètes pas, je gère ».

Sauf que je gère que dalle. Je gère que dalle.