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Aujourd’hui, au boulot, M. me mate les seins. Ostensiblement.

Pourtant, mon décolleté n’est pas plus plongeant que les autres jours. Peut être que, le temps aidant, toute retenue visuelle s’étiole.

Aujourd’hui, au boulot, je glande. Nettement.

C’est peut être pour ça que j’ai le temps de remarquer que M. me mate les seins. C’est impressionnant le niveau de glande que peut atteindre un être humain normalement constitué. Je dois faire un petit poème à la con pour un produit, mais nan, j’arrive pas, j’ai la tête ailleurs, j’préfère écrire pour moi.

Aujourd’hui, au boulot, c’est exactement la 16e fois que je vérifie mon portable pour voir si n°3 a appelé. Or, il est 10h51. Par contre, j’ai reçu deux mails de n°4.

Aujourd’hui, au boulot, on n’a plus de thé. Et ça c’est un vrai problème.

Aujourd’hui, au boulot, je pense à l’Amour. Le vrai, le grand, l’unique. Celui qui forcément, un jour, m’arrivera. J’espère. J’y crois. Hm.

Ok, j’vais racheter du thé.

Les gens de ma génération sont des zappeurs.

J’veux dire, les gens des années 80. On zappait sur la télé. Le Grand Zapping, d’ailleurs, se fait l’écho de toute une génération d’adeptes décérébrés du zappage intempestif. Et maintenant, on zappe sur le net. Je passe donc, de blogues en blogues, d’onglets en onglets, de pages en pages.

Et je trouve des merveilles. Des merveilles récentes, tout juste nées. Des merveilles plus anciennes, qui ont le mérite de résister au temps, si rapide, de la toile.

Aujourd’hui, j’ai donc remis à jour tous mes ptis liens, dans la colonne de gauche, pour faire honneur à tous ceux que je lis, tous les jours, ou presque, et qui m’accompagnent, de pages en pages, d’onglets en onglets.

Saccades incessantes de ma vie.

Ici. Là-bas.

Aller, venir, repartir, retourner, revenir, s’en aller.

Monter dans un avion, c’est comme monter dans le sas de sa vie. En apesanteur, en attente. Vers quelque chose. Depuis quelque chose. Pas vraiment nulle part. Mais pas vraiment ici. Entre deux. Destinations. Horaires. Vies?

A travers le hublot, je me perds dans les reflets dorés des lumières de l’aéroport. Dans les gouttes de condensation sur les ailes de cet avion qui m’emporte. Me ramène? Est-ce que le mot « rentrer » évoquera un jour un autre pays que la France? Faut il des mois? Des années? Des décennies? Une bonne raison, si ce n’est pas une question temporelle?

Est-ce qu’un jour, on se retourne, et on voit le cheminement, la logique de sa vie, comme le trajet de ce vol, dessiné d’un trait grossier sur l’écran devant mes yeux?

Le soleil couchant sur Paris. La tour Eiffel, vêtue de bleu. Pardon à tous ceux que j’aurais voulu voir. Ne serait-ce qu’une fois. Pardon à tous ceux que j’aurais souhaité revoir, encore.

J’arrive. Où ça? Ici. Mon ici, ou le vôtre. Un seul et même ailleurs.