Retour. Voilà un peu plus d’une semaine que j’ai atterri pour de bon en France, et je me sens encore un peu en décalé.
Chaque jour, j’ai l’impression d’être en vacances temporaires ici.  Comme si tout ça était encore iréel, irréalisé. “Monter dans un avion, c’est comme monter dans le sas de sa vie. En apesanteur, en attente. Vers quelque chose. Depuis quelque chose. Pas vraiment nulle part. Mais pas vraiment ici. Entre deux. Destinations. Horaires. Vies?”

Je pensais que le retour serait plus dur que ça. Mais en fait, c’est beaucoup plus facile que prévu. Tout semble simple, calme… évident. Reprendre ses marques. Réintégrer sa propre normalité. Visages connus, espaces apprivoisés. Réflexes, habitudes.

J’avais peur de la sensation de “parenthèse” décrite par de nombreux amis, rentrés avant moi. Cette impression d’un retour en arrière, comme si tout ce qui s’était passé entre temps n’avait pas vraiment existé, comme une espèce de rêve éveillé. J’avoue qu’ils n’ont pas tort, mais que ça n’est pas aussi traumatisant que ça. Je me rends compte par ailleurs que j’ai évolué, grandi, mûri, que je n’attends plus les mêmes choses ou du moins que je suis plus souple quant à leur accomplissement.

J’avais peur de l’amertume, aussi. Me rendre compte que tout continue là bas, sans moi, et réaliser tout simplement qu’on n’est pas indispensable, même si je ne pense pas avoir eu la prétention de le croire. Mais non, pareil, je ne crois pas qu’on se sente amer, au contraire. Réaliser que tout continue, c’est accepter l’idée que nous aussi, on a le droit de continuer, ailleurs, avec d’autres gens, même si on n’aura jamais pareil, et tant mieux. Une boule à neige souvenir intacte, posée sur une étagère, et qu’on secoue juste pour le plaisir, histoire de remuer les souvenirs.

Je suis là. Je suis rentrée.

Une introduction, une conclusion. Un début et une fin. Je me rappelle mon premier jour ici, mes angoisses et mes questionnements. Le chemin à faire, se souvenir où tourner. Apprivoiser les lieux, les gens. Les visages inconnus, les personnalités à déterminer, les suceptibilités à ménager.  Le premier café qu’on m’a offert. En venir à partager de l’humanité avec des gens qui n’ont de commun que leur valeur productive au sein de la même compagnie.

Aujourd’hui, 12 juin, mon dernier jour au travail. Hier soir, c’est en mettant mon réveil pour la dernière fois à cette heure précise, que j’ai réalisé. Du coup, j’ai marché plus lentement, ce matin, pour aller au bureau. J’ai fait une dernière fois ce chemin, en saluant comme à l’habitude tel marchand, ou bien le gardien de l’immeuble. Ceux là ne savent pas que je ne repasserai plus. S’en rendront-ils compte? Non, je ne crois pas.

Ainsi donc, ce matin, en marchant, j’ai volé un peu d’eux, à leur insu. Quelques instants suspendus.

Mes tripes en vrac. Mes jambes en coton. Mon sang qui palpite. Mon cerveau qui fuse.

Mon coeur en saut de l’ange.

J-3

South China Morning Post

Vingtième anniversaire de Tian’anmen: la chape de la censure pèse sur Pékin.

“Hong Kong va marquer le vingtième anniversaire des événements de Tian’anmen; dans le reste de la Chine, toute commémoration sera étouffée”, titre le quotidien anglophone de Hong Kong. Dans l’ancienne colonie britannique, les militants espèrent rassembler jusqu’à 100 000 personnes ce 4 juin, pour une veillée aux bougies en souvenir des victimes de la répression des manifestations étudiantes en 1989 à Pékin. Le journal détaille les mesures de répression prises par les autorités dans la capitale chinoise: arrestation des dissidents les plus en vue, intimidation et surveillance des moins connus d’entre eux, fermeture de centaines de blogs et de groupes de discussion en ligne, bouclage du quartier de Tian’anmen…”

Sentir venir la fin. La voir approcher, et l’attendre. A bras ouverts. Pas impatiemment, car il faut savoir profiter de tout, des derniers moments, des adieux.

Tâcher de tout percevoir à nouveau avec des yeux neufs, pour s’émerveiller encore, une dernière fois. Retrouver les sensations des débuts. Se sentir repartir en arrière, le temps d’un instant, pour mieux accueillir ce qui vient. Revoir des vieux films de Wong Kar Wai, reconnaître les endroits, s’y balader à nouveau, encore une fois.

Dire au revoir avec le sourire, sans amertume et sans regrets.  Juste, tourner la page, tranquillement, comme la fin d’un livre qu’on a apprécié, et qu’on relira peut être un jour. Ou pas, si on s’en souvient suffisamment pour juste fermer les yeux, et revivre doucement l’histoire, en souvenir.

Je pars, le 24 juin prochain.

En mode cyclique…

While I’m far away from you my baby
I know it’s hard for you my baby
Because it’s hard for me my baby
And the darkest hour is just before dawn

Each night before you go to bed my baby
Whisper a little prayer for me my baby
And tell all the stars above
This is dedicated to the one I love

Mamas & Papas

Je ne suis pas quelqu’un de rancunier. Cependant, je me rêve parfois vengeresse, armée du bras justicier, levé bien haut, abattant la sentence fatidique.

A défaut d’avoir un quelconque pouvoir sur qui que ce soit ou quoi que ce soit de véritablement important, j’ai parfois bien envie de me venger de 3B.

Pour ce faire, lors de mes crises de délire avancé, j’aime à mettre en place un modus operandi pour l’opération Solstice Rédempteur.

Etape 1: création d’un compte internet dédié et anonyme de type fuckhead@hackermail.com, renvoyant lui même à un autre compte miroir anonyme, et ainsi de suite, sur 4 ou 5 niveaux (en boucle, la validation d’un compte se faisant via un des comptes précédents).

Etape 2: via un proxy anonyme, inscription de l’adresse pro de 3B à de nombreuses newsletters pornographiques quotidiennes et hedbomadaires sur des sites localisés aux US, au Canada ou au Brésil.

Etape 3: création d’un profil 3B sur Adultfriendfinder par exemple, avec insertion de l’adresse mail pro de 3B dans l’annonce sur le principe “tripleb (hâte) lacompagnie [poueng] comme”. Les moins teubés du site comprendront. Impossibilité pour lui d’effacer le compte, hébergé sur l’adresse créée en 1. A moins de reporter aux administrateurs du site, mais ça peut durer un petit moment.

Toutes les validations de ces étapes se faisant bien entendu via le mail anonyme précédemment créé en étape 1.

Etape 4: Si vraiment vraiment je veux jouer le vice, on peut aller jusqu’à cette étape supérieure consistant à récupérer les contacts professionnels de 3B, et leur envoyer via le mail de l’étape 1 un lien vers la page créée en étape 3. Ou mieux, pirater son adresse mail directement, et envoyer ce profil depuis son mail propre à tous ses contacts.
Très forte probabilité de classement en spam, ce qui est dommage, mais pas très grave.

Bon, en mettant ce plan en ligne, bien évidemment, je me condamne en quelque sorte à ne jamais l’appliquer. Mais le fait même de poser ces mots en une plannification stratégique me fait un bien fou. Catharsis sublime et libératrice.

Ainsi donc, vous savez tout. Je suis une nerd cathartique.

J’ai toujours été fascinée par le concept de Temps. A quel point il pouvait être flexible, fluide, coulant, glissant. Ou bien figé, éternel, inamovible, monolithique.

19 jours. 456 heures.  27 360 minutes. Voilà le temps qui me sépare de lui. Si court dans les faits, mais si désespéremment long.

Je me sens frustrée. Terriblement frustrée par ces moyens de communication qui contingentent notre relation. Par cette distance qui nous sépare. Par cette attente qui me broie l’intérieur.

Ainsi donc, pour patienter, je rêve. Eveillée, souvent. Mes yeux se perdent dans un vague flou qui matérialise faits et pensées, évoquant par touches souvenirs ou projections. Voire les deux mêlés.

Tout est matière à rêver. Cette fumée d’encens, dont les circonvolutions m’envoutent. Cette brume, accrochée en haut des tours, nuage perlé d’ivoire. Cette musique, dont un mot, une note, évoque par synesthésie la courbe de sa nuque.

Mon coeur n’est-il pas saint, plein d’une vie plus belle,

Depuis que j’aime ? Pourquoi me respectiez-vous davantage,

Alors que j’étais plus fier et plus grossier,

Plus loquace et plus vide ?

Ah, plaît à la foule ce qui vaut sur le marché;

Et le valet n’honore que le violent.

Au divin croient,

Ceux-là seuls qui eux-mêmes le sont.

L’acclamation des hommes

Voilà, je l’avais dit , , et ici aussi. Et je l’ai fait.

Depuis ce claquage de dém, je ne suis que pure jubilation. La sensation férocement extatique d’une libération, d’un poids levé de mes épaules, d’une boule d’angoisse jetée aux ordures. Un simple souffle d’air me soulève, je m’envole, arrachée des contingences médiocres et subies d’un asservissement par le travail.

Un soleil au creux de mes tripes, une explosion dans mon cerveau, tout part à Mach2, je respire enfin. J’inspire ma nouvelle vie à plein poumons. Je vibre et fuse, diffuse, me relève et m’extrais, m’émancipe et jubile.

Je ne suis que projets faits de riens, d’envies simples et calmes. J’ai cessé de vouloir être pour finir par être enfin. Cessé d’attendre demain, pour vivre maintenant. Tout est si simple, si é-vi-dent. Je fais fi des conséquences, me moque des questions, prends tout à bras le corps, en riant haut et fort.

Ah putain, je me sens BIEN.